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  • Il y a ceci dans la postface que Michel Surya a signée dans la première édition d’Exit (Séguier), vif récit pornographique écrit en 1982 et publié en 1988 : « ce qu’il y a six ans, je pouvais encore écrire, je ne suis plus sûr que je le puisse aujourd’hui. Bien sûr, je le peux : mais au prix peut-être que j’effraie. La vérité oblige à dire que je crains d’effrayer à proportion de ce que moi-même parfois je le suis. » On pourrait y voir une coquetterie (la peur d’effrayer) quand c’est un aveu qu’il faut entendre (celui de l’effroi et d’en être saisi par nature, le « parfois » étant ici un euphémisme). Cet effroi, (...)

    Michel Surya

  • Quoiqu’il puisse être considéré comme un grand écrivain français du siècle dernier, au même titre qu’Henri Calet, Paul Gadenne reste traité comme s’il n’était qu’un petit-maître, à l’image de ces peintres de l’âge classique, talentueux mais sans aucun succès de cours. Gadenne, qui participait à la course aux prix de l’automne 1941 pour son roman Siloé – « Un premier livre qui est un grand livre » (Aujourd’hui, 20 août 1941) – aux côtés de Raymond Guérin, « actuellement prisonnier », de Georges Magnane ou de Pierre Béarn, et n’obtenant ni le Femina, ni le Goncourt, ni le Prix des critiques, ne suscita finalement (...)

    Paul Gadenne

  • Si Le Visage tout bleu débute avec le récit de la naissance difficile de son auteur, c’est sans exhibitionnisme que Patrice Robin l’a écrit. Bien au contraire. « Naissance » pose ainsi le lieu d’où l’écrivain nous parle. Venu le cou étranglé par le cordon ombilical, l’enfant survivra grâce à l’oxygène de la forge de son oncle. On naît parfois le visage d’un bleu provoqué par l’asphyxie et cela laisse une trace, comme un sceau : celui des gens trop modestes pour s’imaginer aller en clinique ou à l’hôpital. Des visages bleus, on en trouve dans le dernier texte du livre : il s’agit de personnages qu’on pouvait (...)

    Patrice Robin

  • Clément Rosset a été retrouvé mort dans son appartement parisien le 27 mars 2018. » Au lendemain de cette dépêche de l’AFP, la presse aussitôt rend hommage à un penseur « atypique » ou « inclassable ». L’épitaphe, qui en soi n’est pas fausse, révèle surtout un embarras : comment qualifier Rosset autrement que sur le mode privatif ou négatif ? C’est le type atypique, de la classe agitée des inclassables. Une sorte de cancre mais génial. Faute de mieux, on hasarde « iconoclaste », et Livres Hebdo s’émeut au souvenir du « philosophe des chemins de traverse », comme si le défunt était Sylvain Tesson. France Culture se (...)

    Clément Rosset

  • Elle intrigue, elle fascine, elle inspire, Emily Dickinson. Jerome Charyn la réinvente en lui donnant une voix dans La Vie secrète d’Emily Dickinson (Rivages, 2013), Christian Bobin rêve autour de sa biographie dans La Dame blanche (Gallimard, 2007) ; Dominique Fortier, dans Les Villes de papier (Grasset, 2020), imagine sa vie intérieure tout en tissant une intéressante réflexion sur le pouvoir de la création et les lieux que nous habitons ; Susan Howe, dans Mon Emily Dickinson, la resitue dans le contexte littéraire, intellectuel et historique qui fut le sien pour mieux montrer combien elle est (...)

    Emily Dickinson

Notre sélection

Domaine français Arno Calleja

La Mesure de la Joie en Centimetres Editions Vanloo
2020
Un garçon qui parle avec Dieu et une fuite d’eau qui s’empare d’un immeuble. Avec ces ingrédients, Arno Calleja construit un roman subtil, qui est d’abord un bel objet poétique. Si l’on peut dire de La Mesure de la joie en centimètres que c’est un roman, on peut aussi affirmer sans se tromper qu’il s’agit d’un poème ; un poème en prose, certes, mais la coupure du vers n’est pas le seul garant de la poésie, celle-ci peut aussi se révéler dans le cadre d’un récit tout à fait linéaire, presque un conte en l’occurrence, celui qui nous parle d’« un garçon mystique,...
Guillaume Contré
octobre 2020
Le Matricule des Anges n°217

Domaine étranger Eva Baltasar

Permafrost Editions Verdier
2020
Habiter les extrêmes, fuir la tiédeur : tout un programme pour l’indispensable premier roman de la poétesse catalane Eva Baltasar. Ne jamais préjuger du paratexte, cette « zone indécise entre le dedans et le dehors » (pour citer Gérard Genette), où l’on retrouve pêle-mêle, à côté du texte lui-même, titre, dédicaces, préface, notes de bas de page… À ce premier roman d’Eva Baltasar, salué lors de sa publication en Espagne, un titre glacé : Permafrost, auquel le corps nu en couverture donne un étrange contrepoint. « Sol...
Valérie Nigdélian
octobre 2020
Le Matricule des Anges n°217

Poésie Dominique Fortier

Les Villes de papier : Une vie d’Emily Dickinson Editions Grasset
2020
Au fil de fragments qui font apparaître un étrange miracle poétique appelé Emily Dickinson, Dominique Fortier rend hommage à une poétesse qui s’est acharnée à rester inconnue. Étrangère à toute chapelle, à toute école, celle qu’on place parfois au rang de fondatrice de la poésie américaine, fut une femme des plus retirées et des plus casanières. En s’attachant aux lieux où elle vécut, Dominique Fortier cherche à ressentir ce que fut sa vie. En s’appuyant sur sa propre expérience de l’acte d’habiter, de la façon dont s’éprouve le sentiment d’être là, dans le temps...
Richard Blin
septembre 2020
Le Matricule des Anges n°216

Théâtre Debbie Tucker Green

Corde. raide Editions Théâtrales
2020
La dramaturge anglaise Debbie Tucker Green nous livre un texte tout à la fois mystérieux et glaçant. Trois personnages : 1 - 2 - 3. Une femme – un homme ou une femme – une femme. 3 est noire. Entre ces trois-là se joue pendant toute la pièce une histoire dont nous ne connaissons pas les tenants, dont nous ne savons pas le lieu, et dont le scénario lui-même ne nous est délivré qu’au compte-gouttes. Les rapports entre les personnages sont étranges : 1 paraît être la supérieure de 2, 3...
Patrick Gay Bellile
octobre 2020
Le Matricule des Anges n°217

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