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Corpus Auteurs

Gros plan

  • Au nom de Philippe Jaccottet certains associent immédiatement l’image d’un poète de la simple transparence, ou de la transparente simplicité. Si ce n’est pas tout à fait faux, c’est évidemment réducteur. Car « l’évidence du simple », comme Jean-Claude Mathieu l’a montré dans sa somme (Corti, 2003) sur l’auteur de L’Effraie (1953), s’éclaire toujours, en un paradoxe saisissant, de « l’éclat de l’obscur ». De la forme de ce chiasme il y a assez, et bien d’avantage encore, pour s’introduire dans l’histoire généalogique de l’écriture de Philippe Jaccottet, dans son « inclination formative », pour reprendre une (...)

    Philippe Jaccottet

  • En proposant une nouvelle traduction de son premier livre, les éditions de La Table ronde affirment leur fidélité à l’écrivain Eduardo Halfon, une des plus grandes révélations de ces quinze dernières années. Eduardo Halfon est né au moins deux fois (et mort une fois pour le moment). Nous l’avions rencontré en 2011, invité par la Maison des écrivains étrangers et des traducteurs de Saint-Nazaire au moment de la parution de Saturne à la MEET, dans une traduction de Françoise Garnier. Ou peut-être croyons-nous l’avoir rencontré au festival que la MEET organise chaque automne au sein de la base sous-marine de (...)

    Eduardo Halfon

  • Peut-on naître à 5 ans ? Jeanne Benameur écrit dans Ça t’apprendra à vivre, que c’est à cet âge-là qu’elle a « appris à mourir ». C’était en 1958 et la mort portait alors, en Algérie où est née la romancière, l’uniforme des bérets noirs ou se fondait dans l’ombre du FNL. Cette découverte de la mort inaugure Ça t’apprendra à vivre, l’un de ses romans les plus réussis. Le livre s’ouvre avec la scène de « l’attaque ». Jeanne Benameur n’a pas 6ans, la prison où elle vit, cette nuit-là, est attaquée par des bérets noirs qui veulent « faire la peau à l’Arabe », son père. Scène primitive qui pourrait à elle seule expliquer la (...)

    Jeanne Benameur

  • Turin, années 1920. « Enfant, j’hébergeais en imagination des populations entières, qui grouillaient comme une armée de fourmis dans mes heures de solitude. C’étaient un peu mes sujets, un peu les complices de mes conjurations politiques, un peu mes persécuteurs taquins et sournois. » Abruzzes, 1941. « Pizzoli était un lieu d’assignation à résidence et j’y arrivai lorsque l’Italie entra en guerre. (…) Le cri aigu qui incitait les ânes retentissait sans cesse sur ces sentiers caillouteux ; c’était un cri guttural et rauque, et je me demandais comment j’avais fait pour vivre tant d’années sans savoir que ce (...)

    Natalia Ginzburg

  • La silhouette est svelte, presque juvénile, le visage a gardé les traits de l’adolescence qu’éclaire un regard vif. On s’étonne que l’homme ressemble à ce point à ses livres. Depuis vingt ans, Sylvain Prudhomme façonne une œuvre vive, aiguisée à tous les désirs : le désir amoureux, celui aussi de la rencontre avec l’autre, la nature, l’Histoire. Le désir de comprendre le monde. Comme si écrire était une manière d’aiguillonner les promesses de l’enfance, ces serments qu’on se fait quand le monde dort et que l’on veille dans l’incandescence d’un sang qui bat trop vite. Depuis quelques années, l’Arlésien (...)

    Sylvain Prudhomme

Notre sélection

Domaine français Rebecca Lighieri

Le Club des enfants perdus Editions POL
2024
Rebecca Lighieri, qui est le versant noir d’Emmanuelle Bayamack-Tam, campe ici un portrait sombre et poignant, plein de la violence du monde. Le noir va si bien à Rebecca Lighieri ! Tout autant que la lumière ardente du Midi à Emmanuelle Bayamack-Tam. Elles sont les deux facettes, opposées et complémentaires, de la même autrice, qui choisit son nom de plume selon la couleur qu’elle va donner à son roman. À Emmanuelle Bayamack-Tam, des romans littéraires, comme Si tout n’a pas péri avec mon innocence, Arcadie (prix du Livre...
Anne Kiesel
novembre 2024
Le Matricule des Anges n°258

Domaine étranger Brigitte Reimann

Une fratrie Editions Métailié
2025
« Celui qui croyait au ciel, celui qui n’y croyait pas » : Brigitte Reimann ausculte une famille que l’idéologie écartèle. La seconde moitié du XXe siècle aura vu, entre autres événements marquants, cette nouveauté : la disparition de pays entiers. L’URSS, la Yougoslavie, la RDA sont devenus des pays perdus et leurs habitants des rescapés d’un nouveau genre, se sentant parfois comme exilés sur leur propre territoire. Certains Allemands de la RDA durent, en outre, pour ceux qui y croyaient encore, abandonner voire...
Thierry Cecille
février 2025
Le Matricule des Anges n°260

Poésie Mosab Abu Toha

Ce que vous trouverez caché dans mon oreille Editions Julliard
2024
Poignant, le recueil du poète palestinien Mosab Abu Toha bâtit à coup de mots une patrie faite de rêve, de justice et d’espoir. Moi je tisse mes poèmes avec mes veines », déclare Mosab Abu Toha. Son écriture répond à un besoin organique de dire l’horreur du quotidien à Gaza qu’il expérimente dans sa chair depuis sa naissance il y a trente-deux ans dans le camp de réfugié·es d’Al-Shati. Il lui faut témoigner de la tragédie sans fin dont est victime son peuple, à partir de sa propre expérience de la vie – sanglante,...
Camille Cloarec
janvier 2025
Le Matricule des Anges n°259

Théâtre David Paquet

Le Poids des fourmis Editions Actes Sud
2025
Où il est question de résistance citoyenne et de vouloir que la beauté l’emporte sur la bêtise. Le Poids des fourmis est une pièce pour la jeunesse décapante et déjantée, s’adressant plutôt à public adolescent. C’est une satire féroce de notre immobilisme face à l’éco-anxiété des jeunes. La majorité des personnages, particulièrement les adultes, sont crus et sans filtre, blasés ou frileux, dépassés par les événements ou avides de pouvoir et toujours incompétents. Le ton est donné dès le...
Laurence Cazaux
mai 2025
Le Matricule des Anges n°263

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