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Gros plan

  • Quoiqu’il puisse être considéré comme un grand écrivain français du siècle dernier, au même titre qu’Henri Calet, Paul Gadenne reste traité comme s’il n’était qu’un petit-maître, à l’image de ces peintres de l’âge classique, talentueux mais sans aucun succès de cours. Gadenne, qui participait à la course aux prix de l’automne 1941 pour son roman Siloé – « Un premier livre qui est un grand livre » (Aujourd’hui, 20 août 1941) – aux côtés de Raymond Guérin, « actuellement prisonnier », de Georges Magnane ou de Pierre Béarn, et n’obtenant ni le Femina, ni le Goncourt, ni le Prix des critiques, ne suscita finalement (...)

    Paul Gadenne

  • Il y a ceci dans la postface que Michel Surya a signée dans la première édition d’Exit (Séguier), vif récit pornographique écrit en 1982 et publié en 1988 : « ce qu’il y a six ans, je pouvais encore écrire, je ne suis plus sûr que je le puisse aujourd’hui. Bien sûr, je le peux : mais au prix peut-être que j’effraie. La vérité oblige à dire que je crains d’effrayer à proportion de ce que moi-même parfois je le suis. » On pourrait y voir une coquetterie (la peur d’effrayer) quand c’est un aveu qu’il faut entendre (celui de l’effroi et d’en être saisi par nature, le « parfois » étant ici un euphémisme). Cet effroi, (...)

    Michel Surya

  • Elle intrigue, elle fascine, elle inspire, Emily Dickinson. Jerome Charyn la réinvente en lui donnant une voix dans La Vie secrète d’Emily Dickinson (Rivages, 2013), Christian Bobin rêve autour de sa biographie dans La Dame blanche (Gallimard, 2007) ; Dominique Fortier, dans Les Villes de papier (Grasset, 2020), imagine sa vie intérieure tout en tissant une intéressante réflexion sur le pouvoir de la création et les lieux que nous habitons ; Susan Howe, dans Mon Emily Dickinson, la resitue dans le contexte littéraire, intellectuel et historique qui fut le sien pour mieux montrer combien elle est (...)

    Emily Dickinson

  • Si Le Visage tout bleu débute avec le récit de la naissance difficile de son auteur, c’est sans exhibitionnisme que Patrice Robin l’a écrit. Bien au contraire. « Naissance » pose ainsi le lieu d’où l’écrivain nous parle. Venu le cou étranglé par le cordon ombilical, l’enfant survivra grâce à l’oxygène de la forge de son oncle. On naît parfois le visage d’un bleu provoqué par l’asphyxie et cela laisse une trace, comme un sceau : celui des gens trop modestes pour s’imaginer aller en clinique ou à l’hôpital. Des visages bleus, on en trouve dans le dernier texte du livre : il s’agit de personnages qu’on pouvait (...)

    Patrice Robin

  • Clément Rosset a été retrouvé mort dans son appartement parisien le 27 mars 2018. » Au lendemain de cette dépêche de l’AFP, la presse aussitôt rend hommage à un penseur « atypique » ou « inclassable ». L’épitaphe, qui en soi n’est pas fausse, révèle surtout un embarras : comment qualifier Rosset autrement que sur le mode privatif ou négatif ? C’est le type atypique, de la classe agitée des inclassables. Une sorte de cancre mais génial. Faute de mieux, on hasarde « iconoclaste », et Livres Hebdo s’émeut au souvenir du « philosophe des chemins de traverse », comme si le défunt était Sylvain Tesson. France Culture se (...)

    Clément Rosset

Notre sélection

Domaine français Emmanuel Carrère

Yoga Editions POL
2020
Dans une méditation sur la dépression, Emmanuel Carrère impressionne par son art d’illuminer la bile. Yoga  : trompeur, le titre du nouveau livre d’Emmanuel Carrère. Quatre lettres d’une apparente torpeur mais, derrière, quatre cents pages de troubles et de terreurs. Et si terribles soient-elles, elles font entendre parfois, comme par miracle, la tonalité du bonheur. Ce texte presque essentiellement autobiographique n’est pas celui que l’auteur pensait d’abord écrire, en 2015. À l’origine,...
Anthony Dufraisse
octobre 2020
Le Matricule des Anges n°217

Domaine étranger Carlos Busqued

Les Quatre Crimes de Ricardo Melogno, entretiens Editions EPEL
2020
Comment comprendre la pulsion meurtrière quand le tueur avec lequel on s’entretient est lui-même incapable de l’expliquer ? C’est ce mystère qu’aborde ce remarquable livre de l’Argentin Carlos Busqued. Que se passe-t-il dans la tête d’un tueur ? La question n’est pas nouvelle et peut-être faudra-t-il alors la reformuler plus précisément : que se passe-t-il dans la tête d’un tueur qui n’a pas de motifs apparents pour commettre son crime ? C’est sur cet abîme inquiétant, celui qui, dans une chute vertigineuse, conduit quelqu’un non seulement à s’emparer avec violence de la vie d’autrui mais...
Guillaume Contré
septembre 2020
Le Matricule des Anges n°216

Poésie Simon Cutts

Monotononie - Les plioirs Editions Héros-Limite
2020
Représentant de la poésie concrète et plasticien anglais, Simon Cutts livre avec Monotononie un autoportrait minimal où les mots jouent le rôle d’un transfert spéculaire. Monotononie ajoute un « no » énigmatique au mot monotonie, qui titre le premier livre traduit de Simon Cutts en France, écrit entre 1967 et 2010 : que dit ce « no » redoublé, venu là s’insérer à la presque toute fin du mot ? Nie-t-il la monotonie elle-même que Cutts envisageait d’abord comme le ton traduisible de ses poèmes ? À qui ce « no » dit-il donc non ? Cutts n’en précise rien. On peut...
Emmanuel Laugier
octobre 2020
Le Matricule des Anges n°217

Théâtre Virginie Barreteau

Le Crachoir suivi de Machine Editions Quartett
2012
Porté par une belle énergie, Le Crachoir de Virginie Barreteau cuisine des tranches de vie dans une langue salée. Les majorettes défilent, la fanfare claironne, Benjamin-Néon s’époumone et Sarah-Pas-d’Culotte est élue Reine-Merveille. Elle sera donc la prochaine mariée et épousera celui que Sorcière verra dans son miroir. Mais pour le moment, Topaze et Juliette, « deux êtres encore emmaillotés de blanche félicité », préparent leurs fiançailles. Ça chante, ça rigole, les enfants s’amusent et se font peur...
Patrick Gay Bellile
novembre 2012
Le Matricule des Anges n°138

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