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Gros plan

  • Chez Bolaño, le pire n’est jamais sûr. Son œuvre est pleine d’asiles et d’hôpitaux, de lunatiques et de marginaux, d’ombres chinoises inquiétantes. Des putes des poètes des allumés des spadassins des tristes sires : rien qui les distingue, à première vue, des personnages du Gabriel García Márquez des Mémoires de mes putains tristes ou de Cent ans de solitude. L’Amérique latine de Bolaño ressemble pourtant plus à un cauchemar dont ses personnages essaient de se réveiller, qu’à l’utopique et pittoresque Macondo colombien de Márquez où finit toujours par triompher la fureur d’exister. Les romans et les (...)

    Roberto Bolaño

  • J’ai découvert Nizan sur le tard, à trente ans passés, dans les années soixante-dix. Stupeur, colère. Ainsi, j’avais pu faire mes études de lettres sans avoir rien lu de Nizan ? Plus tard, commencer d’écrire sans soupçonner l’existence des Chiens de garde, d’Antoine Bloyé ? Belle occultation (…). Rien n’effacerait l’absence de Nizan dans mes années de formation. Il y a des fraternités si fortes qu’on regrette toujours qu’elles n’aient pas commencé plus tôt. Fraternité, non pas complicité ou connivence (…). La fraternité est d’un autre ordre. C’est la rencontre dans quelqu’un d’autre de ses propres (...)

    Paul Nizan

  • Un jeune ethnologue décroche un CDD de trois mois pour réaliser une sorte d’audit sur la cité HLM des Pigeonniers sise dans une Ville Nouvelle. Le quartier est promis à une rénovation dont la première étape sera paradoxalement sa démolition. Charles (c’est le nom de notre héros sans silhouette) est choisi car il est banlieusard, ce qui était une condition nécessaire pour pénétrer l’âme kaléidoscopique des lieux. Le nouveau roman de Charles Robinson nous plonge dans les Cités (il y met une majuscule) aussi vite qu’une noisette de beurre filerait sur une poêle brûlante. La phrase va vite, court d’une vie (...)

    Charles Robinson

  • Un exégèse de la fin du troisième millénaire déterminera peut-être un jour ceux qui parmi les différents « je » qui mènent la narration de ses livres se rapportent directement à François Beaune et lesquels à d’autres personnes rencontrées au cours de sa vie. Pour l’heure, on peut mettre le nez dans La Lune dans le puits, sous-titré « histoires vraies de Méditerranée » en quête des « je » en italique, qui, contrat de véracité oblige, donnent quelques fragments biographiques de l’auteur d’Une vie de Gérard en Occident. Pour le reste, le romancier est avare de confessions, pour ce qui concerne ses écrits. Il aime celles (...)

    François Beaune

  • Depuis la parution de Corniche Kennedy, il y a deux ans, son nom s’inscrit au programme de nombreux festivals ou rencontres littéraires. Maylis de Kerangal y apporte le témoignage heureux d’une activité – l’écriture, la littérature – dont l’exploration ne cesse de l’enthousiasmer. Publiée pour la première fois (en tant que romancière), il y a tout juste dix ans, son parcours romanesque ressemble à un jeu d’arcades où chaque parution symboliserait le passage à un niveau supérieur. Accompagnée depuis le début par le même éditeur (Verticales) et rejointe en cours de partie par ses acolytes de la revue (...)

    Maylis de Kerangal

Notre sélection

Domaine français Esther Tellermann

Première version du monde Editions Unes
2018
L’humanité a perdu le goût de la fable. Tragique désillusion dont Esther Tellermann nous distille un récit extrême. Étrange, hors du commun, cette Première version du monde signée Esther Tellermann, poète et psychanalyste dont l’œuvre compte désormais une quinzaine de titres depuis Première apparition avec épaisseur (Flammarion, 1986) jusqu’à Éternité à coudre (Unes, 2016). Se situant dans la lignée d’un précédent récit en prose, Une odeur humaine (Farrago/Léo Scheer, 2004), il multiplie les instances...
Richard Blin
novembre 2018
Le Matricule des Anges n°198

Domaine étranger Connie Palmen

Ton histoire, mon histoire Editions Actes Sud
2018
Qu’arrive-t-il quand deux poètes s’aiment ? La romancière néerlandaise Connie Palmen retrace la passion de Sylvia Plath et Ted Hugues. La fausse autobiographie ou les mémoires fictifs sont un genre littéraire peu pratiqué, plus périlleux encore s’il s’agit de personnages presque contemporains et non, comme le fit Marguerite Yourcenar, d’un empereur romain mort il y a près de deux mille ans. Connie Palmen prend ce risque afin de donner la parole à celui qui s’est tu, à celui qui a dû, des années durant, supporter que vive à...
Thierry Cecille
novembre 2018
Le Matricule des Anges n°198

Poésie Yannis Ritsos

Pierres Répétitions Grilles Editions Ypsilon éditeur
2019
Malgré sa mise au ban durant la dictature des Colonels, Yannis ritsos poursuit son œuvre, réaffirmant le pouvoir émancipateur du langage. Pierres Répétitions Grilles regroupe les poèmes conçus de 1967 à 1970, alors que Yannis Ritsos est envoyé en camp après le coup d’État des Colonels : d’abord, interné dans l’île de Yaros, puis transféré à Léros, il est enfin assigné à résidence à Samos. Ce n’est pas pour lui la première expérience de déportation. De 1948 à 1952, il fut incarcéré dans les camps insulaires de Limnos,...
Emmanuelle Rodrigues
mai 2019
Le Matricule des Anges n°203

Théâtre Edouard Elvis Bvouma

La Poupée barbue Editions Lansman
2018
Le quotidien d’une enfant-soldat racontée à la première personne par une petite fille très énergique et pleine d’espoir. Une petite fille, « très jeune adolescente », dit l’auteur, raconte ce que fut la guerre. Sa guerre. Sa place d’enfant dans la guerre. De première victime. Une histoire malheureusement ordinaire. Ce récit prend la forme d’un monologue adressé à Boy Killer, le jeune garçon qui, de la même manière, racontait sa guerre à la jeune fille dans A la guerre comme à la Game Boy du même auteur, paru...
Patrick Gay Bellile
avril 2019
Le Matricule des Anges n°202

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