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Corpus Auteurs

Gros plan

  • Lire Segalen, c’est courir l’espace, remonter le temps, affronter la réalité sensible, « celle que nous touchons, palpons et dévorons de toutes les dents et de toutes les papilles de nos sens ». C’est s’aventurer dans l’immense continent du Divers, ausculter le corps du monde et découvrir la littérature comme forme de vie. La sienne, de vie, n’aura été qu’une alternance de départs et de retours. Né en janvier 1878, à Brest, il eut une jeunesse marquée par le poids des conventions religieuses et morales. Reçu à l’École de Santé navale, il s’installe à Bordeaux pour des études qui furent aussi celles d’une (...)

    Victor Segalen

  • Ce n’est pas parce qu’il est grand qu’il a le verbe haut. C’est plutôt que quelque chose bout en lui, un sang pulsé à un rythme soutenu par un cœur trop gros peut-être… L’homme est attachant, qui porte en lui une adolescence irrépressible. Avec sa chevelure de guitariste de heavy metal, ses santiags qui furent un temps son emblème, il véhicule cette étiquette d’écrivain rocker difficile à enlever. Qui ne représente en rien Erwan Larher. S’il donne l’apparence d’une grande aisance à parler en public (on l’a vu dans quelques festivals), l’assurance affichée est parfois une manière de combattre sinon la (...)

    Erwan Larher

  • Nous étions sur la route depuis quelques jours déjà : nous avions dormi à Weimar et, à Buchenwald, en hommage, lu quelques pages de Semprun, puis nous étions passés à Auschwitz et avions arpenté les allées de Birkenau par une pluie glaciale, surprenante en ce mois de juillet caniculaire. Il y avait eu ensuite une halte à Katowice, où j’avais vécu deux ans, en ces années décisives de la chute du communisme, entre 1998 et 1990. Puis la direction du sud-est : nous savions qu’Andrzej Stasiuk habitait par là, dans un de ces trous perdus, entre vieilles églises en bois et villages lemkoviens abandonnés, dans ces (...)

    Andrzej Stasiuk

  • Le 30 septembre 1999, hôtel des Allégories (sic), à Nîmes : un homme écarlate, le visage tordu, yeux révulsés, semble tricoter le néant avec des bâtons de châtaigniers, tout en proférant des poèmes. Puis procède à une installation. Clouant la carcasse d’une volaille au sol, il connecte des électrodes qu’il relie à chaque spectateur et crame le volatile d’un coup de chalumeau. Sa façon à lui de (ré)agir en poète à la torture dite du poulet grillé pratiquée par le dictateur tunisien Ben Ali et ses sbires. Des images, des paroles, de l’engagement, de l’action ! Le 17 mars 2010, médiathèque Émile-Zola, à (...)

    Serge Pey

  • Depuis 1990 et la publication chez P.O.L de Tableau de la Passion, une poignée de lecteurs et lectrices attendent avec impatience l’arrivée dans les librairies d’un nouveau livre de Xavier Bazot. Sans être encore cinq cents, ils étaient plus nombreux après Chronique du cirque dans le désert paru cinq ans plus tard au Serpent à plumes. L’année suivante le même éditeur proposait Un fraisier pour dimanche : une grande voix de la littérature française était née. Ce court roman étonnant, à la langue singulière et puissante, venue du plus profond des bibliothèques, portée par un univers baroque et banal à la (...)

    Xavier Bazot

Notre sélection

Domaine français Yaël Pachet

Le Peuple de mon père Editions Fayard
2019
Sous la plume de sa fille Yaël, Pierre Pachet reprend vie et avec lui, l’histoire familiale. Pour panser un peu le manque. Tout en bas de la page 19, quatre petits mots de rien du tout mais qui disent absolument tout : « Il était mon passage. » C’est peut-être la phrase la plus importante, la plus révélatrice de ce livre dans lequel Yaël Pachet raconte son père, Pierre Pachet, disparu en 2016. Quoi de plus beau en effet, quoi de plus fort que cette idée d’une figure paternelle perçue et vécue comme celle...
Anthony Dufraisse
novembre 2019
Le Matricule des Anges n°208

Domaine étranger César Aira

Prins Editions Christian Bourgois Editeur
2019
Nouvelle plongée dans l’univers de César Aira où la littérature est un artifice mouvant, un exercice onirique et théorique aux miroirs déformants. Si la fantaisie, l’invention frénétique et le caprice semblent servir de colonne vertébrale cubiste aux fictions que produit sans discontinuer César Aira, son œuvre est aussi une constante réflexion sur l’écriture, ses apories et ses chausse-trappes. La péripétie, un héritage du roman d’aventures que cet admirateur de Stevenson ne saurait renier, ne lui sert pas qu’à concevoir des situations...
Guillaume Contré
novembre 2019
Le Matricule des Anges n°208

Poésie Charles Racine

Légende posthume Editions Grèges
2013
Disparu en 1995 à l’âge de 62 ans, Charles Racine ne cesse de revenir hanter la langue de la poésie française d’une langue ravagée par la douleur et l’ironie. Premier volet de son œuvre complète (dont Y a-t-il lieu d’écrire ? et Épitaphes seront la suite) Légende posthume nous donne à suivre l’ordre recomposé, selon ce qu’en voulut l’auteur avant sa mort, des poèmes écrits entre 1967 et 1974, redistribués ici en deux grands ensembles, Le sujet est la clairière de son corps (initialement publié par Jacques Dupin aux éditions Maeght en 1975, l’un des...
Emmanuel Laugier
octobre 2013
Le Matricule des Anges n°147

Théâtre Guillaume Cayet

Neuf moments pour une cavale / Les Deux Editions Théâtrales
2020
Guillaume Cayet nous livre un théâtre en lutte, pour résister à l’oppression et à l’exclusion. Guillaume Cayet raconte en avant-propos de la pièce comment il en est venu à écrire Neuf mouvements pour une cavale : « Le 20 mai 2017, un gendarme tue le paysan Jérôme Laronze, après neuf jours de cavale/chasse à l’homme. Fervent défenseur d’une agriculture mettant le vivant en avant et contre les puçages et traçage généralisés des bêtes, Jérôme était depuis quelques années dans le...
Laurence Cazaux
mars 2020
Le Matricule des Anges n°211

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