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Corpus Auteurs

Gros plan

  • Chapeau, manteau, clope au bec, la longue silhouette d’André Dhôtel est très reconnaissable. De son visage empreint de la « mélancolie tranquille » où se reconnaissait Henry David Thoreau, Banksy pourrait faire un pochoir pour les murs d’Attigny où il est né. Ou ceux du Charleville de Rimbaud sur qui il a écrit trois livres… épuisés comme ses essais sur Rousseau, Paulhan, Follain, une partie de sa poésie, et nombre de ses romans et nouvelles. C’est déjà un paradoxe : Dhôtel bien primé – le Sainte-Beuve en 1948, le Femina en 1955, le Grand prix de l’Académie française en 1974 –, mais son œuvre ne nous est (...)

    André Dhôtel

  • En proposant une nouvelle traduction de son premier livre, les éditions de La Table ronde affirment leur fidélité à l’écrivain Eduardo Halfon, une des plus grandes révélations de ces quinze dernières années. Eduardo Halfon est né au moins deux fois (et mort une fois pour le moment). Nous l’avions rencontré en 2011, invité par la Maison des écrivains étrangers et des traducteurs de Saint-Nazaire au moment de la parution de Saturne à la MEET, dans une traduction de Françoise Garnier. Ou peut-être croyons-nous l’avoir rencontré au festival que la MEET organise chaque automne au sein de la base sous-marine de (...)

    Eduardo Halfon

  • Lire, écouter Sandra Moussempès, c’est accepter d’être affecté, d’entrer dans un univers de mondes emboîtés les uns dans les autres, d’être pris dans des jeux de miroirs qui font de chaque poème un objet d’anamorphoses. C’est découvrir une écriture syncopée qui opère par blocs d’émotions et de perceptions, d’éclats de mémoire et de conflagrations sensorielles. Dénudant l’apparence, explorant le féminin et tous les stéréotypes qui lui sont associés, sa poésie en pointe les vérités insues, en interroge le rapport au narcissisme comme à l’objet du désir. Saturée d’impalpable et de magnétisme, elle est tissée (...)

    Sandra Moussempès

  • Au nom de Philippe Jaccottet certains associent immédiatement l’image d’un poète de la simple transparence, ou de la transparente simplicité. Si ce n’est pas tout à fait faux, c’est évidemment réducteur. Car « l’évidence du simple », comme Jean-Claude Mathieu l’a montré dans sa somme (Corti, 2003) sur l’auteur de L’Effraie (1953), s’éclaire toujours, en un paradoxe saisissant, de « l’éclat de l’obscur ». De la forme de ce chiasme il y a assez, et bien d’avantage encore, pour s’introduire dans l’histoire généalogique de l’écriture de Philippe Jaccottet, dans son « inclination formative », pour reprendre une (...)

    Philippe Jaccottet

  • L’âne et l’homme, l’homme et l’âne ? Dans Orlando furioso, poème épique et chef-d’œuvre du XVIe siècle italien, l’Arioste fait porter l’âne sur le dos de son héros, fou de jalousie et d’errance. Héritier des artistes de la Renaissance, musicien, peintre, dessinateur, écrivain, Fabio Viscogliosi, lui, a choisi de l’incarner. Malgré la mauvaise réputation de l’animal, il lui confère une ligne claire, souple, élégante, si bien qu’artiste et bête en sont métamorphosés, même si tous d’eux ont toujours l’errance et la fuite en commun. « J’ai lu un jour que le tout premier graffiti connu est celui d’un homme à tête (...)

    Fabio Viscogliosi

Notre sélection

Domaine français Abdellah Taïa

Le Bastion des larmes Editions Julliard
2024
Largement autobiographique, Le Bastion des larmes est un livre de voix, un ballet de fantômes pleins de vie, de rancœur et d’audace. Ce n’est pas Jean Genet qui m’a appris la transgression, ce sont mes sœurs », insiste le drôle de garçon de 51 ans, que l’on retrouve à Paris, en septembre. Depuis ses premiers livres, Mon Maroc (Séguier, 2000), L’Armée du salut (Seuil, 2006) ou Le Jour du Roi (Seuil, 2010), pour ne citer que ceux-là, cet obstiné n’a guère changé de sujets d’écriture ni d’allure. Même maigreur enfantine, même...
Catherine Simon
octobre 2024
Le Matricule des Anges n°257

Domaine étranger Yeo-Sun Kwon

Un éclair bleu azur Editions Croisée
2024
Par un premier roman initiatique, émouvant, la Coréenne Kwon Yeo-Sun s’installe dans la littérature mondiale. Est-il décent d’associer littératures et vins, crus, alcools ? Littérature russe et vodka ? Mexicaine et tequila ? Et la coréenne… au soju ? Cet alcool de riz emplit les bols de nombreux romans au Pays du matin calme, souvent écrits par des femmes et permet de trinquer à l’essor d’une littérature qui tel un nouveau terroir acquiert de plus en plus de lecteurs et de titres de noblesse. De...
Dominique Aussenac
octobre 2024
Le Matricule des Anges n°257

Poésie Pascale Cabrolier

La Prise du bus et 50 fois l’île du ramier vers Seveso Editions Isabelle Sauvage
2024
Pour dire d’autres vies que les nôtres, il peut être nécessaire d’inventer une autre manière de raconter : Pascale Cabrolier s’y essaie – et y parvient. L’impératif premier, pour raconter efficacement une tragédie, serait-il d’en revenir à la classique règle des trois unités ? Unité de lieu : un bus qui, à Toulouse, conduit la narratrice, devine-t-on, sur son lieu de travail, aller et retour, et traverse donc des espaces divers et hétérogènes, dont l’île du Ramier. Unité de temps : la durée du parcours lui permet, l’oblige même, lorsque la...
Thierry Cecille
février 2025
Le Matricule des Anges n°260

Théâtre Jeanne Diama

Cousu main / Pouvoir du pagne ? Editions Espace d'un instant
2024
Du viol en temps de guerre au patriarcat quotidien, deux courtes pièces questionnent la place du corps des femmes. Tout commence par une voix : « L’homme est un monstre pour l’homme et la femme est un bétail pour l’homme. » C’est une femme qui parle. Une femme qui pose le cadre. Un cadre général. Celui du statut des femmes en temps de guerre, et plus généralement, de la place qu’elles occupent dans la tête des hommes. Et puis viennent les faits. Nous sommes au Mali, en janvier 2003. C’est la guerre et des...
Patrick Gay Bellile
novembre 2024
Le Matricule des Anges n°258

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