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Corpus Auteurs

Gros plan

  • Clément Rosset a été retrouvé mort dans son appartement parisien le 27 mars 2018. » Au lendemain de cette dépêche de l’AFP, la presse aussitôt rend hommage à un penseur « atypique » ou « inclassable ». L’épitaphe, qui en soi n’est pas fausse, révèle surtout un embarras : comment qualifier Rosset autrement que sur le mode privatif ou négatif ? C’est le type atypique, de la classe agitée des inclassables. Une sorte de cancre mais génial. Faute de mieux, on hasarde « iconoclaste », et Livres Hebdo s’émeut au souvenir du « philosophe des chemins de traverse », comme si le défunt était Sylvain Tesson. France Culture se (...)

    Clément Rosset

  • Quoiqu’il puisse être considéré comme un grand écrivain français du siècle dernier, au même titre qu’Henri Calet, Paul Gadenne reste traité comme s’il n’était qu’un petit-maître, à l’image de ces peintres de l’âge classique, talentueux mais sans aucun succès de cours. Gadenne, qui participait à la course aux prix de l’automne 1941 pour son roman Siloé – « Un premier livre qui est un grand livre » (Aujourd’hui, 20 août 1941) – aux côtés de Raymond Guérin, « actuellement prisonnier », de Georges Magnane ou de Pierre Béarn, et n’obtenant ni le Femina, ni le Goncourt, ni le Prix des critiques, ne suscita finalement (...)

    Paul Gadenne

  • Il y a ceci dans la postface que Michel Surya a signée dans la première édition d’Exit (Séguier), vif récit pornographique écrit en 1982 et publié en 1988 : « ce qu’il y a six ans, je pouvais encore écrire, je ne suis plus sûr que je le puisse aujourd’hui. Bien sûr, je le peux : mais au prix peut-être que j’effraie. La vérité oblige à dire que je crains d’effrayer à proportion de ce que moi-même parfois je le suis. » On pourrait y voir une coquetterie (la peur d’effrayer) quand c’est un aveu qu’il faut entendre (celui de l’effroi et d’en être saisi par nature, le « parfois » étant ici un euphémisme). Cet effroi, (...)

    Michel Surya

  • Si Le Visage tout bleu débute avec le récit de la naissance difficile de son auteur, c’est sans exhibitionnisme que Patrice Robin l’a écrit. Bien au contraire. « Naissance » pose ainsi le lieu d’où l’écrivain nous parle. Venu le cou étranglé par le cordon ombilical, l’enfant survivra grâce à l’oxygène de la forge de son oncle. On naît parfois le visage d’un bleu provoqué par l’asphyxie et cela laisse une trace, comme un sceau : celui des gens trop modestes pour s’imaginer aller en clinique ou à l’hôpital. Des visages bleus, on en trouve dans le dernier texte du livre : il s’agit de personnages qu’on pouvait (...)

    Patrice Robin

  • Elle intrigue, elle fascine, elle inspire, Emily Dickinson. Jerome Charyn la réinvente en lui donnant une voix dans La Vie secrète d’Emily Dickinson (Rivages, 2013), Christian Bobin rêve autour de sa biographie dans La Dame blanche (Gallimard, 2007) ; Dominique Fortier, dans Les Villes de papier (Grasset, 2020), imagine sa vie intérieure tout en tissant une intéressante réflexion sur le pouvoir de la création et les lieux que nous habitons ; Susan Howe, dans Mon Emily Dickinson, la resitue dans le contexte littéraire, intellectuel et historique qui fut le sien pour mieux montrer combien elle est (...)

    Emily Dickinson

Notre sélection

Domaine français Hector Mathis

Carnaval Editions Buchet-Chastel
2020
Réquisitoire dressé contre les générations au pouvoir, le deuxième roman d’Hector Mathis expose les causes de ses perplexités. Deuxième service pour Hector Mathis, qui sert un Carnaval après K.O. (Buchet-Chastel, 2018). Après avoir fait le constat de ses troubles, de sa maladie rongeuse et de ses fourmis dans les jambes, Sitam, son narrateur poursuit le diagnostic en affinant les symptômes et en élargissant la focale – à ce stade, il n’est plus certain du tout que le problème provienne de lui. Le jeune trentenaire...
Éric Dussert
octobre 2020
Le Matricule des Anges n°217

Domaine étranger Errol Flynn

Mémoires Editions Séguier
2020
La star d’Hollywood se raconte sans filtre. le sexe, l’alcool et les bateaux. Une autobiographie à contre-légende. Réédition. En dépit de la préface d’Éric Neuhoff qui insiste à le présenter comme « un écrivain », ce n’est pas pour son style qu’on lira Errol Flynn, en comparaison de qui Mike Tyson (La Vérité et rien d’autre) passerait pour Chateaubriand, et Keith Richards (Life) pour Saint-Simon. Flynn, qui se targuait d’écrire, aura négligé de sous-traiter ses Mémoires à un ghost writer. Foin du bandeau, on ne le...
Jérôme Delclos
septembre 2020
Le Matricule des Anges n°216

Poésie Dominique Fortier

Les Villes de papier : Une vie d’Emily Dickinson Editions Grasset
2020
Au fil de fragments qui font apparaître un étrange miracle poétique appelé Emily Dickinson, Dominique Fortier rend hommage à une poétesse qui s’est acharnée à rester inconnue. Étrangère à toute chapelle, à toute école, celle qu’on place parfois au rang de fondatrice de la poésie américaine, fut une femme des plus retirées et des plus casanières. En s’attachant aux lieux où elle vécut, Dominique Fortier cherche à ressentir ce que fut sa vie. En s’appuyant sur sa propre expérience de l’acte d’habiter, de la façon dont s’éprouve le sentiment d’être là, dans le temps...
Richard Blin
septembre 2020
Le Matricule des Anges n°216

Théâtre Matéi Visniec

Lettres d’amour à une princesse chinoise - Et autres pièces courtes Editions Actes Sud / Papiers
2012
Intimiste et discrètement loufoque, le théâtre de Matei Vişniec joue à se faire risible pour mieux poser ses questions délicates. Auprès de l’empereur de Chine, deux entreprises d’ornementation florale rivalisent de phraséologie pour convaincre le Grand Ordonnateur du mariage de la princesse de les prendre pour décorateurs attitrés. Les positions s’affrontent, sous couvert de burlesque : idéalisme floral contre matérialisme ornemental, cosmopolitisme contre nationalisme botanique, tradition horticole et techniques...
Etienne Leterrier-Grimal
janvier 2013
Le Matricule des Anges n°139

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