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Corpus Auteurs

Gros plan

  • Au nom de Philippe Jaccottet certains associent immédiatement l’image d’un poète de la simple transparence, ou de la transparente simplicité. Si ce n’est pas tout à fait faux, c’est évidemment réducteur. Car « l’évidence du simple », comme Jean-Claude Mathieu l’a montré dans sa somme (Corti, 2003) sur l’auteur de L’Effraie (1953), s’éclaire toujours, en un paradoxe saisissant, de « l’éclat de l’obscur ». De la forme de ce chiasme il y a assez, et bien d’avantage encore, pour s’introduire dans l’histoire généalogique de l’écriture de Philippe Jaccottet, dans son « inclination formative », pour reprendre une (...)

    Philippe Jaccottet

  • En proposant une nouvelle traduction de son premier livre, les éditions de La Table ronde affirment leur fidélité à l’écrivain Eduardo Halfon, une des plus grandes révélations de ces quinze dernières années. Eduardo Halfon est né au moins deux fois (et mort une fois pour le moment). Nous l’avions rencontré en 2011, invité par la Maison des écrivains étrangers et des traducteurs de Saint-Nazaire au moment de la parution de Saturne à la MEET, dans une traduction de Françoise Garnier. Ou peut-être croyons-nous l’avoir rencontré au festival que la MEET organise chaque automne au sein de la base sous-marine de (...)

    Eduardo Halfon

  • Chapeau, manteau, clope au bec, la longue silhouette d’André Dhôtel est très reconnaissable. De son visage empreint de la « mélancolie tranquille » où se reconnaissait Henry David Thoreau, Banksy pourrait faire un pochoir pour les murs d’Attigny où il est né. Ou ceux du Charleville de Rimbaud sur qui il a écrit trois livres… épuisés comme ses essais sur Rousseau, Paulhan, Follain, une partie de sa poésie, et nombre de ses romans et nouvelles. C’est déjà un paradoxe : Dhôtel bien primé – le Sainte-Beuve en 1948, le Femina en 1955, le Grand prix de l’Académie française en 1974 –, mais son œuvre ne nous est (...)

    André Dhôtel

  • Lire, écouter Sandra Moussempès, c’est accepter d’être affecté, d’entrer dans un univers de mondes emboîtés les uns dans les autres, d’être pris dans des jeux de miroirs qui font de chaque poème un objet d’anamorphoses. C’est découvrir une écriture syncopée qui opère par blocs d’émotions et de perceptions, d’éclats de mémoire et de conflagrations sensorielles. Dénudant l’apparence, explorant le féminin et tous les stéréotypes qui lui sont associés, sa poésie en pointe les vérités insues, en interroge le rapport au narcissisme comme à l’objet du désir. Saturée d’impalpable et de magnétisme, elle est tissée (...)

    Sandra Moussempès

  • L’âne et l’homme, l’homme et l’âne ? Dans Orlando furioso, poème épique et chef-d’œuvre du XVIe siècle italien, l’Arioste fait porter l’âne sur le dos de son héros, fou de jalousie et d’errance. Héritier des artistes de la Renaissance, musicien, peintre, dessinateur, écrivain, Fabio Viscogliosi, lui, a choisi de l’incarner. Malgré la mauvaise réputation de l’animal, il lui confère une ligne claire, souple, élégante, si bien qu’artiste et bête en sont métamorphosés, même si tous d’eux ont toujours l’errance et la fuite en commun. « J’ai lu un jour que le tout premier graffiti connu est celui d’un homme à tête (...)

    Fabio Viscogliosi

Notre sélection

Domaine français Marie Vingtras

Les Âmes féroces Editions Olivier
2024
Entre polar et roman psychologique, Marie Vingtras explore avec Les Âmes féroces les angles morts des gens de Mercy. Tout le monde se fabrique une idée, un fantasme, de l’Amérique ; une part du rêve intime et collectif, façonné à grand renfort de clichés, une Amérique à soi qui correspond peu ou prou à la réalité, et acquiert un étrange pouvoir : se réagencer à l’envi avec ses personnages, archétypes, grands espaces, villes, déserts. Marie Vingtras ne fait pas exception à la règle, mais elle s’en...
Julie Coutu
septembre 2024
Le Matricule des Anges n°256

Domaine étranger Richard Ford

Le Paradis des fous Editions Olivier
2024
Un septuagénaire accompagne son fils mourant sur le chemin d’une rédemption à laquelle aucun ne croit. Et découvrent une forme de douceur tendre au cœur de la folie américaine. Le nouveau roman de Richard Ford (80 ans au compteur) constitue le cinquième (et dernier ?) volet de la série « Frank Bascombe », débutée en 1982 avec Un week-end dans le Michigan. On y découvrait alors Frank Bascombe, écrivain amateur recyclé dans le journalisme sportif. Il vient de perdre son jeune fils et cette mort a précipité son divorce. Treize ans plus tard (et après trois autres...
Thierry Guichard
octobre 2024
Le Matricule des Anges n°257

Poésie Gérard Macé

Bibliothèque tournante Editions Temps qu'il fait
2024
Deux livres de Gérard Macé – l’un d’entretiens, l’autre de poèmes – pour plonger dans une écriture fondée sur la trouvaille et la reconnaissance, le désir d’enchantement et le vœu de lucidité. Une simplicité savante, le phrasé unique d’une parole intérieure, une façon d’entremêler le savoir précis et la ferveur du réel, la rêverie et l’enquête, le mouvement d’une vie et le rythme du monde donnent aux livres de Gérard Macé un pouvoir de vérité et une force de retentissement rares. Depuis son premier livre, Le Jardin des langues (1974), qui, avec Les Balcons de Babel (1977) et Bois...
Richard Blin
février 2025
Le Matricule des Anges n°260

Théâtre Guillaume Poix

Léviathan (matériau) Editions Théâtrales
2024
Avec Léviathan (matériau), Guillaume Poix nous confronte aux dysfonctionnements de la justice en France. À l’origine, le Léviathan est un monstre colossal responsable du chaos primitif. Puis le philosophe Thomas Hobbes fait du Léviathan le symbole de la pensée politique de l’État. Selon lui, l’homme est un loup pour l’homme, il faut donc un pacte social pour éviter, par exemple, qu’il ne se fasse justice lui-même. La pièce de Guillaume Poix, Léviathan (matériau), est une invitation à réfléchir...
Laurence Cazaux
janvier 2025
Le Matricule des Anges n°259

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