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Gros plan

  • Chez Bolaño, le pire n’est jamais sûr. Son œuvre est pleine d’asiles et d’hôpitaux, de lunatiques et de marginaux, d’ombres chinoises inquiétantes. Des putes des poètes des allumés des spadassins des tristes sires : rien qui les distingue, à première vue, des personnages du Gabriel García Márquez des Mémoires de mes putains tristes ou de Cent ans de solitude. L’Amérique latine de Bolaño ressemble pourtant plus à un cauchemar dont ses personnages essaient de se réveiller, qu’à l’utopique et pittoresque Macondo colombien de Márquez où finit toujours par triompher la fureur d’exister. Les romans et les (...)

    Roberto Bolaño

  • Depuis la parution de Corniche Kennedy, il y a deux ans, son nom s’inscrit au programme de nombreux festivals ou rencontres littéraires. Maylis de Kerangal y apporte le témoignage heureux d’une activité – l’écriture, la littérature – dont l’exploration ne cesse de l’enthousiasmer. Publiée pour la première fois (en tant que romancière), il y a tout juste dix ans, son parcours romanesque ressemble à un jeu d’arcades où chaque parution symboliserait le passage à un niveau supérieur. Accompagnée depuis le début par le même éditeur (Verticales) et rejointe en cours de partie par ses acolytes de la revue (...)

    Maylis de Kerangal

  • Le 24 avril 1965, dans Le Chemin de Sion (le premier de ses Carnets), Louis Calaferte dresse un état des lieux provisoire : « Tout ce que j’ai produit depuis dix ans n’a rencontré aucun écho, qu’il s’agisse de Septentrion, de No man’s land, de Mégaphonie, et enfin de Satori. » Pour exagéré qu’il soit, le constat est terrible. Pour le lecteur surtout, car l’écrivain d’ajouter, imperturbable : « N’importe. Poursuivre selon mon exigence intérieure. Si je me trompe, me tromper dans cette conformité à moi-même. » Cinquante ans plus tard, alors que Calaferte est resté fidèle à lui-même jusqu’au bout, la donne (...)

    Louis Calaferte

  • Un jeune ethnologue décroche un CDD de trois mois pour réaliser une sorte d’audit sur la cité HLM des Pigeonniers sise dans une Ville Nouvelle. Le quartier est promis à une rénovation dont la première étape sera paradoxalement sa démolition. Charles (c’est le nom de notre héros sans silhouette) est choisi car il est banlieusard, ce qui était une condition nécessaire pour pénétrer l’âme kaléidoscopique des lieux. Le nouveau roman de Charles Robinson nous plonge dans les Cités (il y met une majuscule) aussi vite qu’une noisette de beurre filerait sur une poêle brûlante. La phrase va vite, court d’une vie (...)

    Charles Robinson

  • J’ai découvert Nizan sur le tard, à trente ans passés, dans les années soixante-dix. Stupeur, colère. Ainsi, j’avais pu faire mes études de lettres sans avoir rien lu de Nizan ? Plus tard, commencer d’écrire sans soupçonner l’existence des Chiens de garde, d’Antoine Bloyé ? Belle occultation (…). Rien n’effacerait l’absence de Nizan dans mes années de formation. Il y a des fraternités si fortes qu’on regrette toujours qu’elles n’aient pas commencé plus tôt. Fraternité, non pas complicité ou connivence (…). La fraternité est d’un autre ordre. C’est la rencontre dans quelqu’un d’autre de ses propres (...)

    Paul Nizan

Notre sélection

Domaine français Marcel Moreau

A dos de Dieu Editions Quidam éditeur
2018
Apologie de la démesure, bûcher nihiliste, À dos de Dieu est la « Saison en enfer » de Marcel Moreau. Très judicieuse l’idée de choisir Marcel Moreau pour inaugurer une collection titrée « Les Indociles ». Belge d’origine – né en 1933 mais naturalisé français depuis 1974 – il a l’amour de la démesure, l’ivresse dionysiaque et un goût marqué pour toutes les formes de l’excès : le vin, l’érotisme, la cruauté. Renvoyant dos à dos tous les systèmes et cherchant la vérité dernière de l’être...
Richard Blin
novembre 2018
Le Matricule des Anges n°198

Domaine étranger Jaime De Angulo

Le Lasso Editions Héros-Limite
2018
Jaime de Angulo aura su retranscrire poétiquement un monde observé depuis la lorgnette d’Indiens californiens qu’il connaissait comme sa poche. Après Indiens en bleu de travail, un livre qui décrivait avec finesse, légèreté de ton et précision ethnologique tant l’univers d’une tribu indienne – les Pits Rivers – au seuil d’une douteuse assimilation dans la culture américaine que la personnalité particulière de son auteur, l’Espagnol émigré aux États-Unis Jaime de Angulo (1887-1950), anthropologue tout terrain plus à son aise dans les...
Guillaume Contré
octobre 2018
Le Matricule des Anges n°197

Poésie Albrecht Haushofer

Sonnets de la prison de Moabit Editions La Coopérative
2019
Emprisonné à Berlin pour acte de trahison contre le régime nazi, Albrecht Haushofer s’évade par la certitude de la poésie. Il y eut bien une résistance allemande au nazisme. Outre les milliers d’activistes arrêtés dès 1933, une seconde vague, touchant les plus hautes sphères, crut se débarrasser d’Hitler en l’assassinant le 20 juillet 1944. L’attentat fut manqué, ses responsables et complices traqués, incarcérés, exécutés. Albrecht Haushofer, né en 1903, professeur d’université, spécialiste de géopolitique,...
Thierry Guinhut
février 2019
Le Matricule des Anges n°200

Théâtre Kate Tempest

Fracassés Editions Arche
2018
Les personnages de Kate Tempest se battent pour sortir de leur condition. Fureur et rédemption. Kate Tempest, née Kate Esther Calvert dans le sud-est de Londres en 1985, est une jeune poète, dramaturge et chanteuse. Son pseudonyme l’annonce clairement, l’orage n’est pas pour lui déplaire. Elle a déjà enregistré plusieurs disques, remporté avec son recueil Les Nouveaux Anciens le prix Ted Hughes de poésie en 2012 et ses performances et lectures publiques sont un véritable événement....
Laurence Cazaux
novembre 2018
Le Matricule des Anges n°198

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