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Gros plan

  • Chez Bolaño, le pire n’est jamais sûr. Son œuvre est pleine d’asiles et d’hôpitaux, de lunatiques et de marginaux, d’ombres chinoises inquiétantes. Des putes des poètes des allumés des spadassins des tristes sires : rien qui les distingue, à première vue, des personnages du Gabriel García Márquez des Mémoires de mes putains tristes ou de Cent ans de solitude. L’Amérique latine de Bolaño ressemble pourtant plus à un cauchemar dont ses personnages essaient de se réveiller, qu’à l’utopique et pittoresque Macondo colombien de Márquez où finit toujours par triompher la fureur d’exister. Les romans et les (...)

    Roberto Bolaño

  • Depuis la parution de Corniche Kennedy, il y a deux ans, son nom s’inscrit au programme de nombreux festivals ou rencontres littéraires. Maylis de Kerangal y apporte le témoignage heureux d’une activité – l’écriture, la littérature – dont l’exploration ne cesse de l’enthousiasmer. Publiée pour la première fois (en tant que romancière), il y a tout juste dix ans, son parcours romanesque ressemble à un jeu d’arcades où chaque parution symboliserait le passage à un niveau supérieur. Accompagnée depuis le début par le même éditeur (Verticales) et rejointe en cours de partie par ses acolytes de la revue (...)

    Maylis de Kerangal

  • Un jeune ethnologue décroche un CDD de trois mois pour réaliser une sorte d’audit sur la cité HLM des Pigeonniers sise dans une Ville Nouvelle. Le quartier est promis à une rénovation dont la première étape sera paradoxalement sa démolition. Charles (c’est le nom de notre héros sans silhouette) est choisi car il est banlieusard, ce qui était une condition nécessaire pour pénétrer l’âme kaléidoscopique des lieux. Le nouveau roman de Charles Robinson nous plonge dans les Cités (il y met une majuscule) aussi vite qu’une noisette de beurre filerait sur une poêle brûlante. La phrase va vite, court d’une vie (...)

    Charles Robinson

  • J’ai découvert Nizan sur le tard, à trente ans passés, dans les années soixante-dix. Stupeur, colère. Ainsi, j’avais pu faire mes études de lettres sans avoir rien lu de Nizan ? Plus tard, commencer d’écrire sans soupçonner l’existence des Chiens de garde, d’Antoine Bloyé ? Belle occultation (…). Rien n’effacerait l’absence de Nizan dans mes années de formation. Il y a des fraternités si fortes qu’on regrette toujours qu’elles n’aient pas commencé plus tôt. Fraternité, non pas complicité ou connivence (…). La fraternité est d’un autre ordre. C’est la rencontre dans quelqu’un d’autre de ses propres (...)

    Paul Nizan

  • Le 24 avril 1965, dans Le Chemin de Sion (le premier de ses Carnets), Louis Calaferte dresse un état des lieux provisoire : « Tout ce que j’ai produit depuis dix ans n’a rencontré aucun écho, qu’il s’agisse de Septentrion, de No man’s land, de Mégaphonie, et enfin de Satori. » Pour exagéré qu’il soit, le constat est terrible. Pour le lecteur surtout, car l’écrivain d’ajouter, imperturbable : « N’importe. Poursuivre selon mon exigence intérieure. Si je me trompe, me tromper dans cette conformité à moi-même. » Cinquante ans plus tard, alors que Calaferte est resté fidèle à lui-même jusqu’au bout, la donne (...)

    Louis Calaferte

Notre sélection

Domaine français Fernand Deligny

Correspondance des Cévennes, 1968-1996 Editions Arachnéen
2018
Réformateur, explorateur-pédagogue et homme de lettres, Fernand Deligny est offert ici dans son intimité épistolière. Un régal. Vient de paraître la Correspondance de Fernand Deligny (1913-1996), cet éducateur hors norme dont L’Arachnéen a déjà publié un monumental volume d’œuvres réunies (2007). Pivot de la réforme de l’éducation spécialisée, contact de Gilles Deleuze qui s’intéressait à son travail, il contribua à la réforme de la prise en charge des enfants autistes, en particulier. Toujours cum grano sali. En...
Éric Dussert
novembre 2018
Le Matricule des Anges n°198

Domaine étranger Rachel Kushner

Le Mars Club Editions Stock
2018
Immersion terrible et tristement réaliste dans une prison pour femmes aux États-Unis, par la romancière Rachel Kushner. Romy Leslie Hall, détenue W314159, couchette du bas de la cellule 14, unité 510, cour C, prison de Stanville, Central Valley, Californie. Telle est désormais l’identité de celle que sa mère avait nommée en l’honneur « d’une actrice allemande qui avait déclaré à un braqueur de banque, dans une émission de télé, qu’il lui plaisait énormément ». Romy, ancienne strip-teaseuse et jeune maman, a...
Camille Cloarec
octobre 2018
Le Matricule des Anges n°197

Poésie Laurent Fourcaut

L' Œuvre poétique de Dominique Fourcade : un lyrisme lessivé à mort du réel Editions Classiques garnier
2019
La première étude d’ensemble de l’œuvre de Dominique Fourcade permet de mesurer, sur plus de quarante ans, la confrontation permanente et puissante du poème au réel. Le poème comme organe et accélérateur de particules. Dominique Fourcade, né en 1938, est sans aucun doute, après la grande génération qui eût à s’affirmer après Ponge, Artaud, Michaux (soit Philippe Jaccottet, Yves Bonnefoy, André du Bouchet et Jacques Dupin), l’un des plus importants poètes de cet « après »-là, avec notamment Jean-Jacques Viton. Un lyrisme lessivé à mort du réel, l’essai de Laurent Fourcaut, est la première monographie qui lui...
Emmanuel Laugier
mai 2019
Le Matricule des Anges n°203

Théâtre Elemawusi Agbedjidji

Transe-maître(s) Editions Théâtrales
2019
Arme au service de la colonisation, la langue est aussi un moyen de libération. Tout commence par un prologue au cours duquel on assiste très modestement à la création du monde, « Dieu s’étant ennuyé toute l’éternité ». Il en profite pour créer aussi un gouvernement dans lequel on retrouve Bismarck au Partage des terres et Jules Ferry à l’Enseignement national. Et parmi les recommandations formulées par le créateur auprès de ceux qui vont le servir, la plus importante...
Patrick Gay Bellile
avril 2019
Le Matricule des Anges n°202

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