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Corpus Auteurs

Gros plan

  • Si Le Visage tout bleu débute avec le récit de la naissance difficile de son auteur, c’est sans exhibitionnisme que Patrice Robin l’a écrit. Bien au contraire. « Naissance » pose ainsi le lieu d’où l’écrivain nous parle. Venu le cou étranglé par le cordon ombilical, l’enfant survivra grâce à l’oxygène de la forge de son oncle. On naît parfois le visage d’un bleu provoqué par l’asphyxie et cela laisse une trace, comme un sceau : celui des gens trop modestes pour s’imaginer aller en clinique ou à l’hôpital. Des visages bleus, on en trouve dans le dernier texte du livre : il s’agit de personnages qu’on pouvait (...)

    Patrice Robin

  • Clément Rosset a été retrouvé mort dans son appartement parisien le 27 mars 2018. » Au lendemain de cette dépêche de l’AFP, la presse aussitôt rend hommage à un penseur « atypique » ou « inclassable ». L’épitaphe, qui en soi n’est pas fausse, révèle surtout un embarras : comment qualifier Rosset autrement que sur le mode privatif ou négatif ? C’est le type atypique, de la classe agitée des inclassables. Une sorte de cancre mais génial. Faute de mieux, on hasarde « iconoclaste », et Livres Hebdo s’émeut au souvenir du « philosophe des chemins de traverse », comme si le défunt était Sylvain Tesson. France Culture se (...)

    Clément Rosset

  • Quoiqu’il puisse être considéré comme un grand écrivain français du siècle dernier, au même titre qu’Henri Calet, Paul Gadenne reste traité comme s’il n’était qu’un petit-maître, à l’image de ces peintres de l’âge classique, talentueux mais sans aucun succès de cours. Gadenne, qui participait à la course aux prix de l’automne 1941 pour son roman Siloé – « Un premier livre qui est un grand livre » (Aujourd’hui, 20 août 1941) – aux côtés de Raymond Guérin, « actuellement prisonnier », de Georges Magnane ou de Pierre Béarn, et n’obtenant ni le Femina, ni le Goncourt, ni le Prix des critiques, ne suscita finalement (...)

    Paul Gadenne

  • Elle intrigue, elle fascine, elle inspire, Emily Dickinson. Jerome Charyn la réinvente en lui donnant une voix dans La Vie secrète d’Emily Dickinson (Rivages, 2013), Christian Bobin rêve autour de sa biographie dans La Dame blanche (Gallimard, 2007) ; Dominique Fortier, dans Les Villes de papier (Grasset, 2020), imagine sa vie intérieure tout en tissant une intéressante réflexion sur le pouvoir de la création et les lieux que nous habitons ; Susan Howe, dans Mon Emily Dickinson, la resitue dans le contexte littéraire, intellectuel et historique qui fut le sien pour mieux montrer combien elle est (...)

    Emily Dickinson

  • Il y a ceci dans la postface que Michel Surya a signée dans la première édition d’Exit (Séguier), vif récit pornographique écrit en 1982 et publié en 1988 : « ce qu’il y a six ans, je pouvais encore écrire, je ne suis plus sûr que je le puisse aujourd’hui. Bien sûr, je le peux : mais au prix peut-être que j’effraie. La vérité oblige à dire que je crains d’effrayer à proportion de ce que moi-même parfois je le suis. » On pourrait y voir une coquetterie (la peur d’effrayer) quand c’est un aveu qu’il faut entendre (celui de l’effroi et d’en être saisi par nature, le « parfois » étant ici un euphémisme). Cet effroi, (...)

    Michel Surya

Notre sélection

Domaine français Dima Abdallah

Mauvaises herbes Editions Sabine Wespieser
2020
Un dialogue à distance, entre la France et le Liban, à travers la mémoire : un très beau premier roman de Dima Abdallah. Dans un récent L’Orient-Le Jour, le quotidien libanais francophone, Dima Abdallah parle de la genèse de ce livre, le premier qu’elle publie après tant et tant d’autres écrits jamais montrés à qui que ce soit : « J’ai écrit d’une manière très instinctive, ce qui a été très positif parce que je me suis sentie très libre. Le langage botanique est venu petit à petit, il s’est imposé comme un...
Anthony Dufraisse
septembre 2020
Le Matricule des Anges n°216

Domaine étranger Dulce Maria Cardoso

Eliete, la vie normale Editions Chandeigne
2020
Avec ce quatrième roman, la Portugaise Maria Dulce Cardoso filme la libération d’une femme au cœur même de son foyer. culpabilisant et haletant périple. Il y eut Elise ou la vraie vie, roman de Claire Etcherelli paru en 1967 chez Denoël, porté à l’écran. L’actrice Marie-José Nat y incarnait un très bouleversant portrait d’ouvrière éprise d’un Algérien, à Paris, pendant les événements. Eliete, sous-titré « la vie normale », évoque un autre parcours féminin. Mais entre une vraie vie et une vie normale où se situe la différence, et quelle...
Dominique Aussenac
octobre 2020
Le Matricule des Anges n°217

Poésie Simon Cutts

Monotononie - Les plioirs Editions Héros-Limite
2020
Représentant de la poésie concrète et plasticien anglais, Simon Cutts livre avec Monotononie un autoportrait minimal où les mots jouent le rôle d’un transfert spéculaire. Monotononie ajoute un « no » énigmatique au mot monotonie, qui titre le premier livre traduit de Simon Cutts en France, écrit entre 1967 et 2010 : que dit ce « no » redoublé, venu là s’insérer à la presque toute fin du mot ? Nie-t-il la monotonie elle-même que Cutts envisageait d’abord comme le ton traduisible de ses poèmes ? À qui ce « no » dit-il donc non ? Cutts n’en précise rien. On peut...
Emmanuel Laugier
octobre 2020
Le Matricule des Anges n°217

Théâtre Howard Barker

Œuvres choisies (vol. 11) : Loth et son Dieu ; Marcella de Ulloa ou la dernière toile de Vélasquez Editions Théâtrales
2020
Howard Barker dynamite les conventions, s’attaque aux murailles érigées par la morale. Depuis 2001, les éditions Théâtrales publient régulièrement les œuvres choisies de Howard Barker. Nous en sommes au volume 11. Et il ne s’agit que du domaine théâtral. Car l’homme produit aussi de la poésie, des aphorismes et des essais théoriques. Né en 1946, il est considéré comme l’un des plus importants dramaturges anglais, mais son œuvre difficile et déconcertante a mis du temps à passer...
Patrick Gay Bellile
septembre 2020
Le Matricule des Anges n°216

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