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Le Matricule des Anges
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Corpus Auteurs

Gros plan

  • Depuis la parution de Corniche Kennedy, il y a deux ans, son nom s’inscrit au programme de nombreux festivals ou rencontres littéraires. Maylis de Kerangal y apporte le témoignage heureux d’une activité – l’écriture, la littérature – dont l’exploration ne cesse de l’enthousiasmer. Publiée pour la première fois (en tant que romancière), il y a tout juste dix ans, son parcours romanesque ressemble à un jeu d’arcades où chaque parution symboliserait le passage à un niveau supérieur. Accompagnée depuis le début par le même éditeur (Verticales) et rejointe en cours de partie par ses acolytes de la revue (...)

    Maylis de Kerangal

  • J’ai découvert Nizan sur le tard, à trente ans passés, dans les années soixante-dix. Stupeur, colère. Ainsi, j’avais pu faire mes études de lettres sans avoir rien lu de Nizan ? Plus tard, commencer d’écrire sans soupçonner l’existence des Chiens de garde, d’Antoine Bloyé ? Belle occultation (…). Rien n’effacerait l’absence de Nizan dans mes années de formation. Il y a des fraternités si fortes qu’on regrette toujours qu’elles n’aient pas commencé plus tôt. Fraternité, non pas complicité ou connivence (…). La fraternité est d’un autre ordre. C’est la rencontre dans quelqu’un d’autre de ses propres (...)

    Paul Nizan

  • Un jeune ethnologue décroche un CDD de trois mois pour réaliser une sorte d’audit sur la cité HLM des Pigeonniers sise dans une Ville Nouvelle. Le quartier est promis à une rénovation dont la première étape sera paradoxalement sa démolition. Charles (c’est le nom de notre héros sans silhouette) est choisi car il est banlieusard, ce qui était une condition nécessaire pour pénétrer l’âme kaléidoscopique des lieux. Le nouveau roman de Charles Robinson nous plonge dans les Cités (il y met une majuscule) aussi vite qu’une noisette de beurre filerait sur une poêle brûlante. La phrase va vite, court d’une vie (...)

    Charles Robinson

  • Chez Bolaño, le pire n’est jamais sûr. Son œuvre est pleine d’asiles et d’hôpitaux, de lunatiques et de marginaux, d’ombres chinoises inquiétantes. Des putes des poètes des allumés des spadassins des tristes sires : rien qui les distingue, à première vue, des personnages du Gabriel García Márquez des Mémoires de mes putains tristes ou de Cent ans de solitude. L’Amérique latine de Bolaño ressemble pourtant plus à un cauchemar dont ses personnages essaient de se réveiller, qu’à l’utopique et pittoresque Macondo colombien de Márquez où finit toujours par triompher la fureur d’exister. Les romans et les (...)

    Roberto Bolaño

  • Le 24 avril 1965, dans Le Chemin de Sion (le premier de ses Carnets), Louis Calaferte dresse un état des lieux provisoire : « Tout ce que j’ai produit depuis dix ans n’a rencontré aucun écho, qu’il s’agisse de Septentrion, de No man’s land, de Mégaphonie, et enfin de Satori. » Pour exagéré qu’il soit, le constat est terrible. Pour le lecteur surtout, car l’écrivain d’ajouter, imperturbable : « N’importe. Poursuivre selon mon exigence intérieure. Si je me trompe, me tromper dans cette conformité à moi-même. » Cinquante ans plus tard, alors que Calaferte est resté fidèle à lui-même jusqu’au bout, la donne (...)

    Louis Calaferte

Notre sélection

Domaine français Jacques Laurans

Henri Thomas Editions Vanneaux
2018
Le trop discret Jacques Laurans nous gratifie de deux ouvrages. L’un sur l’émoi, l’autre sur l’écrivain Henri Thomas. Gracieux et magnétiques. Faut-il lire Jacques Laurans en noir et blanc ou en couleur ? Ce cinéphile invétéré, né en 1943, cet esthète (il étudia aux Beaux-Arts, fut critique pour Obliques, la NRF, Jazz Magazine…) excelle dans le travail des ombres et de la lumière, les images, l’iconographie, les références à Kafka. Artisan, il cisèle des enluminures, récits autobiographiques, textes brefs, essais, livres d’artistes,...
Dominique Aussenac
octobre 2018
Le Matricule des Anges n°197

Domaine étranger Robert Montgomery Bird

Sheppard Lee écrit par lui-même Editions Points
2018
De métamorphose en métamorphose, Sheppard Lee parcourt avec satire la marelle de la société américaine du XIXe siècle. Il paraît incroyable que les historiens de la littérature américaine aient manqué de clairvoyance devant un étonnant romancier, contemporain d’Edgar Allan Poe, qui d’ailleurs l’admirait : Robert Montgomery Bird. Né pour une courte vie, entre 1806 et 1854, il n’en écrivit pas moins d’une demi-douzaine de romans, dont ce Sheppard Lee écrit par lui-même, qui est « en mesure d’instruire...
Thierry Guinhut
novembre 2018
Le Matricule des Anges n°198

Poésie Louis Zukofsky

Un objectif Editions Héros-Limite
2019
Des trois textes de Un objectif (1930) de Louis Zukofsky, à Discipline, de la poétesse et militante Dawn Lundy Martin, biais et bords des questions que soulève l’écriture face au corps, au réel, à l’histoire. La réédition de Un objectif, du grand poète Louis Zukofsky, permet d’interroger la multiplicité des héritages de ce que l’on a appelé l’objectivisme américain et d’essayer de mesurer son impact dans la poésie, notamment américaine. La première traduction d’un livre de Dawn Lundy Martin, poétesse, militante féministe proche des Black Lives Matter (« Les vies noires comptent »), en est...
Emmanuel Laugier
mars 2019
Le Matricule des Anges n°201

Théâtre Tomislav Zajec

Il faudrait sortir le chien Editions Espace d'un instant
2019
Quelques tentatives pour corriger le sens d’une vie lorsqu’il est déjà trop tard. Il pleut. Un homme attend sous un abribus. Il fume. Puis prend la parole pour nous expliquer qu’il va nous raconter une histoire, celle de celui qui fume sous l’abribus : « Nous commencerons par cet homme, sous un abribus par une pluie battante, qui est d’autant plus présent alors que désormais il n’est plus. » Est-il mort ? Est-il parti ? Ou n’est-il simplement plus présent au monde qui...
Patrick Gay Bellile
mai 2019
Le Matricule des Anges n°203

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