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Corpus Auteurs

Gros plan

  • Turin, années 1920. « Enfant, j’hébergeais en imagination des populations entières, qui grouillaient comme une armée de fourmis dans mes heures de solitude. C’étaient un peu mes sujets, un peu les complices de mes conjurations politiques, un peu mes persécuteurs taquins et sournois. » Abruzzes, 1941. « Pizzoli était un lieu d’assignation à résidence et j’y arrivai lorsque l’Italie entra en guerre. (…) Le cri aigu qui incitait les ânes retentissait sans cesse sur ces sentiers caillouteux ; c’était un cri guttural et rauque, et je me demandais comment j’avais fait pour vivre tant d’années sans savoir que ce (...)

    Natalia Ginzburg

  • L’âne et l’homme, l’homme et l’âne ? Dans Orlando furioso, poème épique et chef-d’œuvre du XVIe siècle italien, l’Arioste fait porter l’âne sur le dos de son héros, fou de jalousie et d’errance. Héritier des artistes de la Renaissance, musicien, peintre, dessinateur, écrivain, Fabio Viscogliosi, lui, a choisi de l’incarner. Malgré la mauvaise réputation de l’animal, il lui confère une ligne claire, souple, élégante, si bien qu’artiste et bête en sont métamorphosés, même si tous d’eux ont toujours l’errance et la fuite en commun. « J’ai lu un jour que le tout premier graffiti connu est celui d’un homme à tête (...)

    Fabio Viscogliosi

  • Peut-on naître à 5 ans ? Jeanne Benameur écrit dans Ça t’apprendra à vivre, que c’est à cet âge-là qu’elle a « appris à mourir ». C’était en 1958 et la mort portait alors, en Algérie où est née la romancière, l’uniforme des bérets noirs ou se fondait dans l’ombre du FNL. Cette découverte de la mort inaugure Ça t’apprendra à vivre, l’un de ses romans les plus réussis. Le livre s’ouvre avec la scène de « l’attaque ». Jeanne Benameur n’a pas 6ans, la prison où elle vit, cette nuit-là, est attaquée par des bérets noirs qui veulent « faire la peau à l’Arabe », son père. Scène primitive qui pourrait à elle seule expliquer la (...)

    Jeanne Benameur

  • En proposant une nouvelle traduction de son premier livre, les éditions de La Table ronde affirment leur fidélité à l’écrivain Eduardo Halfon, une des plus grandes révélations de ces quinze dernières années. Eduardo Halfon est né au moins deux fois (et mort une fois pour le moment). Nous l’avions rencontré en 2011, invité par la Maison des écrivains étrangers et des traducteurs de Saint-Nazaire au moment de la parution de Saturne à la MEET, dans une traduction de Françoise Garnier. Ou peut-être croyons-nous l’avoir rencontré au festival que la MEET organise chaque automne au sein de la base sous-marine de (...)

    Eduardo Halfon

  • Au nom de Philippe Jaccottet certains associent immédiatement l’image d’un poète de la simple transparence, ou de la transparente simplicité. Si ce n’est pas tout à fait faux, c’est évidemment réducteur. Car « l’évidence du simple », comme Jean-Claude Mathieu l’a montré dans sa somme (Corti, 2003) sur l’auteur de L’Effraie (1953), s’éclaire toujours, en un paradoxe saisissant, de « l’éclat de l’obscur ». De la forme de ce chiasme il y a assez, et bien d’avantage encore, pour s’introduire dans l’histoire généalogique de l’écriture de Philippe Jaccottet, dans son « inclination formative », pour reprendre une (...)

    Philippe Jaccottet

Notre sélection

Domaine français Louise Chennevière

Pour Britney Editions POL
2024
Dans un troisième récit plein de colère et de vie, Louise Chennevière signe une défense magnifique de Britney Spears, de Nelly Arcan et de toutes les (petites) filles. Il faut lire Pour Britney. Non, il n’y a pas besoin d’être (ni d’avoir été) fan de Britney Spears pour aimer Pour Britney. D’ailleurs, Louise Chennevière a appris, comme beaucoup d’entre nous, à « mépriser » la star aux nattes d’écolière. C’est à la faveur d’une fouille dans de vieux cartons que l’écrivaine retombe sur des clichés d’elle-même, petite fille, vêtue d’un tee-shirt floqué Britney. De cette redécouverte,...
Chloé Brendlé
octobre 2024
Le Matricule des Anges n°257

Domaine étranger Alan Moore

Grand Quand Editions Bragelonne
2024
L’irruption du fantastique le plus fou dans l’univers réaliste londonien, par Alan Moore. Nous connaissions le scénariste brillant de bandes dessinées – ou romans graphiques si l’on veut – Alan Moore (né en 1953). Il s’illustra en publiant V pour vendetta, dystopie antifasciste, Watchmen, écornant le mythe des superhéros de comics, La Ligue des gentlemen extraordinaires, qui relève d’une collusion entre l’univers victorien et le steampunk. Mais aussi en peaufinant l’érotisme...
Thierry Guinhut
janvier 2025
Le Matricule des Anges n°259

Poésie Pascale Cabrolier

La Prise du bus et 50 fois l’île du ramier vers Seveso Editions Isabelle Sauvage
2024
Pour dire d’autres vies que les nôtres, il peut être nécessaire d’inventer une autre manière de raconter : Pascale Cabrolier s’y essaie – et y parvient. L’impératif premier, pour raconter efficacement une tragédie, serait-il d’en revenir à la classique règle des trois unités ? Unité de lieu : un bus qui, à Toulouse, conduit la narratrice, devine-t-on, sur son lieu de travail, aller et retour, et traverse donc des espaces divers et hétérogènes, dont l’île du Ramier. Unité de temps : la durée du parcours lui permet, l’oblige même, lorsque la...
Thierry Cecille
février 2025
Le Matricule des Anges n°260

Théâtre Baptiste Amann

Lieux communs Editions Actes Sud-Papiers
2024
Dans une pièce-enquête, Lieux communs, Baptiste Amann nous invite à débusquer nos propres dogmatismes. La pièce démarre par cet avant-propos malicieux : « Ceci est la reconstitution bien réelle/ d’événements absolument fictifs/ décrivant les trajectoires de personnages/ absolument fictifs/ par la médiation d’actrices et d’acteurs/ bien réels qui ont accepté/ à partir d’éléments absolument fictifs/ de restituer dans le réel/ les vérités absolument fictives/ de chacun d’entre eux. » Baptiste...
Laurence Cazaux
octobre 2024
Le Matricule des Anges n°257

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