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  • Le 24 avril 1965, dans Le Chemin de Sion (le premier de ses Carnets), Louis Calaferte dresse un état des lieux provisoire : « Tout ce que j’ai produit depuis dix ans n’a rencontré aucun écho, qu’il s’agisse de Septentrion, de No man’s land, de Mégaphonie, et enfin de Satori. » Pour exagéré qu’il soit, le constat est terrible. Pour le lecteur surtout, car l’écrivain d’ajouter, imperturbable : « N’importe. Poursuivre selon mon exigence intérieure. Si je me trompe, me tromper dans cette conformité à moi-même. » Cinquante ans plus tard, alors que Calaferte est resté fidèle à lui-même jusqu’au bout, la donne (...)

    Louis Calaferte

  • Depuis la parution de Corniche Kennedy, il y a deux ans, son nom s’inscrit au programme de nombreux festivals ou rencontres littéraires. Maylis de Kerangal y apporte le témoignage heureux d’une activité – l’écriture, la littérature – dont l’exploration ne cesse de l’enthousiasmer. Publiée pour la première fois (en tant que romancière), il y a tout juste dix ans, son parcours romanesque ressemble à un jeu d’arcades où chaque parution symboliserait le passage à un niveau supérieur. Accompagnée depuis le début par le même éditeur (Verticales) et rejointe en cours de partie par ses acolytes de la revue (...)

    Maylis de Kerangal

  • Chez Bolaño, le pire n’est jamais sûr. Son œuvre est pleine d’asiles et d’hôpitaux, de lunatiques et de marginaux, d’ombres chinoises inquiétantes. Des putes des poètes des allumés des spadassins des tristes sires : rien qui les distingue, à première vue, des personnages du Gabriel García Márquez des Mémoires de mes putains tristes ou de Cent ans de solitude. L’Amérique latine de Bolaño ressemble pourtant plus à un cauchemar dont ses personnages essaient de se réveiller, qu’à l’utopique et pittoresque Macondo colombien de Márquez où finit toujours par triompher la fureur d’exister. Les romans et les (...)

    Roberto Bolaño

  • J’ai découvert Nizan sur le tard, à trente ans passés, dans les années soixante-dix. Stupeur, colère. Ainsi, j’avais pu faire mes études de lettres sans avoir rien lu de Nizan ? Plus tard, commencer d’écrire sans soupçonner l’existence des Chiens de garde, d’Antoine Bloyé ? Belle occultation (…). Rien n’effacerait l’absence de Nizan dans mes années de formation. Il y a des fraternités si fortes qu’on regrette toujours qu’elles n’aient pas commencé plus tôt. Fraternité, non pas complicité ou connivence (…). La fraternité est d’un autre ordre. C’est la rencontre dans quelqu’un d’autre de ses propres (...)

    Paul Nizan

  • Un jeune ethnologue décroche un CDD de trois mois pour réaliser une sorte d’audit sur la cité HLM des Pigeonniers sise dans une Ville Nouvelle. Le quartier est promis à une rénovation dont la première étape sera paradoxalement sa démolition. Charles (c’est le nom de notre héros sans silhouette) est choisi car il est banlieusard, ce qui était une condition nécessaire pour pénétrer l’âme kaléidoscopique des lieux. Le nouveau roman de Charles Robinson nous plonge dans les Cités (il y met une majuscule) aussi vite qu’une noisette de beurre filerait sur une poêle brûlante. La phrase va vite, court d’une vie (...)

    Charles Robinson

Notre sélection

Domaine français Philippe Rahmy

Pardon pour l’Amérique Editions Table ronde
2018
Philippe Rahmy a parcouru le pays de Donald Trump pour y rencontrer les oubliés d’un système impitoyable. Lauréat de nombreux prix littéraires, Philippe Rahmy est décédé en octobre 2017, à l’âge de 52 ans. Atteint de la maladie de verre qui l’a cloué dans un fauteuil roulant, Philippe Rahmy ne s’est cependant jamais résigné et a toute sa vie tenté de se défaire de son carcan de douleur en voyageant à travers le monde et en écrivant. Comme il le confie ici, c’est « au moyen du langage » qu’il a...
Eric Bonnargent
novembre 2018
Le Matricule des Anges n°198

Domaine étranger Jaime De Angulo

Le Lasso Editions Héros-Limite
2018
Jaime de Angulo aura su retranscrire poétiquement un monde observé depuis la lorgnette d’Indiens californiens qu’il connaissait comme sa poche. Après Indiens en bleu de travail, un livre qui décrivait avec finesse, légèreté de ton et précision ethnologique tant l’univers d’une tribu indienne – les Pits Rivers – au seuil d’une douteuse assimilation dans la culture américaine que la personnalité particulière de son auteur, l’Espagnol émigré aux États-Unis Jaime de Angulo (1887-1950), anthropologue tout terrain plus à son aise dans les...
Guillaume Contré
octobre 2018
Le Matricule des Anges n°197

Poésie Jean-Pascal Dubost

Du travail Editions Atelier contemporain
2019
Deux nouveaux livres de Jean-Pascal Dubost : l’un pour tout nous dire du métier de « scripturie », l’autre pour célébrer l’union charnelle à travers le corps joyeux de la langue. Mais d’où vient votre inspiration ? » Cette question mille fois entendue, Jean-Pascal Dubost a décidé de la prendre à bras-le-corps en montrant ce qu’il en est de la réalité du poète « en état de travail poétique et de faisance ». Contre l’idée platonicienne d’inspiration comme don des dieux – « les bons poètes ne sont pas tels par l’effet d’un art, mais c’est inspirés par le dieu et possédés...
Richard Blin
mai 2019
Le Matricule des Anges n°203

Théâtre Laurent Gaudé

Nous, l’Europe : banquet des peuples Editions Actes Sud
2019
L’Europe n’en finit pas de naître d’un chaudron toujours bouillonnant. Laurent Gaudé nous met au banquet des peuples. Il y a chez Laurent Gaudé, dans les thèmes, dans les rythmes, dans la forme, dans les mots qu’il choisit, livre après livre, ce talent de nous emporter, de nous raconter des histoires, de faire qu’une fois ouvert le livre nous allons jusqu’au bout, jusqu’à la fin du livre qui n’est pas toujours la fin de l’histoire. Nous, l’Europe est un constat, un bilan, une épopée, un rêve et un espoir....
Patrick Gay Bellile
septembre 2019
Le Matricule des Anges n°206

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