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Corpus Auteurs

Gros plan

  • Peut-on naître à 5 ans ? Jeanne Benameur écrit dans Ça t’apprendra à vivre, que c’est à cet âge-là qu’elle a « appris à mourir ». C’était en 1958 et la mort portait alors, en Algérie où est née la romancière, l’uniforme des bérets noirs ou se fondait dans l’ombre du FNL. Cette découverte de la mort inaugure Ça t’apprendra à vivre, l’un de ses romans les plus réussis. Le livre s’ouvre avec la scène de « l’attaque ». Jeanne Benameur n’a pas 6ans, la prison où elle vit, cette nuit-là, est attaquée par des bérets noirs qui veulent « faire la peau à l’Arabe », son père. Scène primitive qui pourrait à elle seule expliquer la (...)

    Jeanne Benameur

  • L’âne et l’homme, l’homme et l’âne ? Dans Orlando furioso, poème épique et chef-d’œuvre du XVIe siècle italien, l’Arioste fait porter l’âne sur le dos de son héros, fou de jalousie et d’errance. Héritier des artistes de la Renaissance, musicien, peintre, dessinateur, écrivain, Fabio Viscogliosi, lui, a choisi de l’incarner. Malgré la mauvaise réputation de l’animal, il lui confère une ligne claire, souple, élégante, si bien qu’artiste et bête en sont métamorphosés, même si tous d’eux ont toujours l’errance et la fuite en commun. « J’ai lu un jour que le tout premier graffiti connu est celui d’un homme à tête (...)

    Fabio Viscogliosi

  • Au nom de Philippe Jaccottet certains associent immédiatement l’image d’un poète de la simple transparence, ou de la transparente simplicité. Si ce n’est pas tout à fait faux, c’est évidemment réducteur. Car « l’évidence du simple », comme Jean-Claude Mathieu l’a montré dans sa somme (Corti, 2003) sur l’auteur de L’Effraie (1953), s’éclaire toujours, en un paradoxe saisissant, de « l’éclat de l’obscur ». De la forme de ce chiasme il y a assez, et bien d’avantage encore, pour s’introduire dans l’histoire généalogique de l’écriture de Philippe Jaccottet, dans son « inclination formative », pour reprendre une (...)

    Philippe Jaccottet

  • En proposant une nouvelle traduction de son premier livre, les éditions de La Table ronde affirment leur fidélité à l’écrivain Eduardo Halfon, une des plus grandes révélations de ces quinze dernières années. Eduardo Halfon est né au moins deux fois (et mort une fois pour le moment). Nous l’avions rencontré en 2011, invité par la Maison des écrivains étrangers et des traducteurs de Saint-Nazaire au moment de la parution de Saturne à la MEET, dans une traduction de Françoise Garnier. Ou peut-être croyons-nous l’avoir rencontré au festival que la MEET organise chaque automne au sein de la base sous-marine de (...)

    Eduardo Halfon

  • Turin, années 1920. « Enfant, j’hébergeais en imagination des populations entières, qui grouillaient comme une armée de fourmis dans mes heures de solitude. C’étaient un peu mes sujets, un peu les complices de mes conjurations politiques, un peu mes persécuteurs taquins et sournois. » Abruzzes, 1941. « Pizzoli était un lieu d’assignation à résidence et j’y arrivai lorsque l’Italie entra en guerre. (…) Le cri aigu qui incitait les ânes retentissait sans cesse sur ces sentiers caillouteux ; c’était un cri guttural et rauque, et je me demandais comment j’avais fait pour vivre tant d’années sans savoir que ce (...)

    Natalia Ginzburg

Notre sélection

Domaine français Jean Villemin

Le Pays des herbes debout Editions Dilettante
2025
Jean Villemin réussit un roman de l’attente et du paysage, au suspense d’autant plus prenant qu’il est lent et rêveur. Certains romans, rares – La Femme des sables d’Abe Kōbō, Le Poids de la neige de Christian Guay-Poliquin – nous révèlent comme jamais un élément naturel – c’est le personnage principal – que nous tenions pour familier mais sur lequel, par la grâce ou le sortilège de la lecture, notre regard se trouve être entièrement renouvelé. C’est une anamnèse : le sable, la neige, nous les avions oubliés....
Jérôme Delclos
janvier 2025
Le Matricule des Anges n°259

Domaine étranger Inaam Kachachi

L' Indésirable Editions Gallimard
2024
De la fin des années 1940 à l’aube de notre siècle, de l’Irak à Paris, Inaam Kachachi nous entraîne dans une double odyssée – à nos risques et périls. Récompensé en 2016 par le Prix de la littérature arabe (voir Lmda N°171), le précédent roman d’Inaam Kachachi (née en 1952), Dispersés, dessinait déjà une sorte de cartographie de la diaspora – irakienne. Nous y découvrions Wardiya, nonagénaire réfugiée à Paris, et remontions en sa compagnie le fil de l’histoire de sa patrie, le « pays des mille et un malheurs ». L’Indésirable, aujourd’hui,...
Thierry Cecille
janvier 2025
Le Matricule des Anges n°259

Poésie Pier Paolo Pasolini

Les Cendres de Gramsci Editions Ypsilon éditeur
2025
Les Cendres de Gramsci paraît intégralement, soixante-huit ans après sa parution. Ce livre déchirant de Pier Paolo Pasolini, animé par la lutte des classes, la mélancolie, le vitalisme et la conscience de la dévoration du capitalisme à venir, possède la vigueur d’une nouvelle jeunesse. En mars 1957, Pasolini corrige quelques vers de ce qui sera Les Cendres de Gramsci et envoie l’ensemble aux éditions Garganzi. C’est pour lui à la fois en finir avec une période d’écriture révolue (les onze sections du livre ayant été publiées en revue entre 1951 et 1956) et marquer par ce livre « trente ans de passion et de travail ». Pourtant rien n’y est révolu, c’est plutôt un mouvement...
Emmanuel Laugier
mars 2025
Le Matricule des Anges n°261

Théâtre David Paquet

Le Poids des fourmis Editions Actes Sud
2025
Où il est question de résistance citoyenne et de vouloir que la beauté l’emporte sur la bêtise. Le Poids des fourmis est une pièce pour la jeunesse décapante et déjantée, s’adressant plutôt à public adolescent. C’est une satire féroce de notre immobilisme face à l’éco-anxiété des jeunes. La majorité des personnages, particulièrement les adultes, sont crus et sans filtre, blasés ou frileux, dépassés par les événements ou avides de pouvoir et toujours incompétents. Le ton est donné dès le...
Laurence Cazaux
mai 2025
Le Matricule des Anges n°263

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