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Gros plan

  • C’est la voix d’un gamin solitaire qu’on entend. Adossé à un mur auquel il parle, n’ayant qu’aux pierres auxquelles pouvoir parler, il rassemble les images de sa rencontre avec Yan, arrivé dans sa vie quand son père à lui venait de la quitter. Yan, jardinier et maçon, figure des bistrots de cette campagne où l’on distingue mal ce qui différencie les hommes des bêtes, auquel l’enfant voue un amour que seuls les chiens parfois ont pour leur maître. Cet amour surprend par son intensité, mais bien vite, entrant dans la langue du narrateur, on saisit combien celui qui parle est aux prises avec une (...)

    Pascal Commère

  • Elle intrigue, elle fascine, elle inspire, Emily Dickinson. Jerome Charyn la réinvente en lui donnant une voix dans La Vie secrète d’Emily Dickinson (Rivages, 2013), Christian Bobin rêve autour de sa biographie dans La Dame blanche (Gallimard, 2007) ; Dominique Fortier, dans Les Villes de papier (Grasset, 2020), imagine sa vie intérieure tout en tissant une intéressante réflexion sur le pouvoir de la création et les lieux que nous habitons ; Susan Howe, dans Mon Emily Dickinson, la resitue dans le contexte littéraire, intellectuel et historique qui fut le sien pour mieux montrer combien elle est (...)

    Emily Dickinson

  • Si Le Visage tout bleu débute avec le récit de la naissance difficile de son auteur, c’est sans exhibitionnisme que Patrice Robin l’a écrit. Bien au contraire. « Naissance » pose ainsi le lieu d’où l’écrivain nous parle. Venu le cou étranglé par le cordon ombilical, l’enfant survivra grâce à l’oxygène de la forge de son oncle. On naît parfois le visage d’un bleu provoqué par l’asphyxie et cela laisse une trace, comme un sceau : celui des gens trop modestes pour s’imaginer aller en clinique ou à l’hôpital. Des visages bleus, on en trouve dans le dernier texte du livre : il s’agit de personnages qu’on pouvait (...)

    Patrice Robin

  • Il y a ceci dans la postface que Michel Surya a signée dans la première édition d’Exit (Séguier), vif récit pornographique écrit en 1982 et publié en 1988 : « ce qu’il y a six ans, je pouvais encore écrire, je ne suis plus sûr que je le puisse aujourd’hui. Bien sûr, je le peux : mais au prix peut-être que j’effraie. La vérité oblige à dire que je crains d’effrayer à proportion de ce que moi-même parfois je le suis. » On pourrait y voir une coquetterie (la peur d’effrayer) quand c’est un aveu qu’il faut entendre (celui de l’effroi et d’en être saisi par nature, le « parfois » étant ici un euphémisme). Cet effroi, (...)

    Michel Surya

  • Quoiqu’il puisse être considéré comme un grand écrivain français du siècle dernier, au même titre qu’Henri Calet, Paul Gadenne reste traité comme s’il n’était qu’un petit-maître, à l’image de ces peintres de l’âge classique, talentueux mais sans aucun succès de cours. Gadenne, qui participait à la course aux prix de l’automne 1941 pour son roman Siloé – « Un premier livre qui est un grand livre » (Aujourd’hui, 20 août 1941) – aux côtés de Raymond Guérin, « actuellement prisonnier », de Georges Magnane ou de Pierre Béarn, et n’obtenant ni le Femina, ni le Goncourt, ni le Prix des critiques, ne suscita finalement (...)

    Paul Gadenne

Notre sélection

Domaine français Camille de Toledo

Thésée, sa vie nouvelle Editions Verdier
2020
Avec Thésée, sa vie nouvelle, Camille de Toledo remonte le cours douloureux de l’histoire familiale. Un cantique à la mémoire des siens. Rarement un bandeau de couverture concourt au sens du livre qu’il promeut. Le lecteur le jette, au mieux s’en sert de marque-pages. Celui de Thésée, sa vie nouvelle fait exception : la photo d’un enfant en apprenti boxeur, ses paupières encore gonflées du dernier combat, fait écho à celle, page 164, où on le voit en gilet de sauvetage, et qui sourit. Il peut avoir 8 ou 9 ans. C’est Jérôme,...
Jérôme Delclos
septembre 2020
Le Matricule des Anges n°216

Domaine étranger Eva Baltasar

Permafrost Editions Verdier
2020
Habiter les extrêmes, fuir la tiédeur : tout un programme pour l’indispensable premier roman de la poétesse catalane Eva Baltasar. Ne jamais préjuger du paratexte, cette « zone indécise entre le dedans et le dehors » (pour citer Gérard Genette), où l’on retrouve pêle-mêle, à côté du texte lui-même, titre, dédicaces, préface, notes de bas de page… À ce premier roman d’Eva Baltasar, salué lors de sa publication en Espagne, un titre glacé : Permafrost, auquel le corps nu en couverture donne un étrange contrepoint. « Sol...
Valérie Nigdélian
octobre 2020
Le Matricule des Anges n°217

Poésie Isabelle Garron

Corps fut Editions Flammarion
2011
A l’indicible, Isabelle Garron oppose des formes qui résistent par leur rareté. A première vue, un recueil (à la belle couverture), de poèmes tendus, attentivement biseautés de bas en haut, au verbe parcimonieux. Mais non. Ceci n’est pas un recueil : les textes réunis forment un tout, non seulement en enchaînant quelquefois l’un sur le suivant, mais surtout parce qu’ils traduisent tous ensemble une nébuleuse d’expériences – celles d’Isabelle Garron elle-même, pense-t-on...
Marta Krol
avril 2011
Le Matricule des Anges n°122

Théâtre Debbie Tucker Green

Corde. raide Editions Théâtrales
2020
La dramaturge anglaise Debbie Tucker Green nous livre un texte tout à la fois mystérieux et glaçant. Trois personnages : 1 - 2 - 3. Une femme – un homme ou une femme – une femme. 3 est noire. Entre ces trois-là se joue pendant toute la pièce une histoire dont nous ne connaissons pas les tenants, dont nous ne savons pas le lieu, et dont le scénario lui-même ne nous est délivré qu’au compte-gouttes. Les rapports entre les personnages sont étranges : 1 paraît être la supérieure de 2, 3...
Patrick Gay Bellile
octobre 2020
Le Matricule des Anges n°217

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