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Corpus Auteurs

Gros plan

  • Au nom de Philippe Jaccottet certains associent immédiatement l’image d’un poète de la simple transparence, ou de la transparente simplicité. Si ce n’est pas tout à fait faux, c’est évidemment réducteur. Car « l’évidence du simple », comme Jean-Claude Mathieu l’a montré dans sa somme (Corti, 2003) sur l’auteur de L’Effraie (1953), s’éclaire toujours, en un paradoxe saisissant, de « l’éclat de l’obscur ». De la forme de ce chiasme il y a assez, et bien d’avantage encore, pour s’introduire dans l’histoire généalogique de l’écriture de Philippe Jaccottet, dans son « inclination formative », pour reprendre une (...)

    Philippe Jaccottet

  • Turin, années 1920. « Enfant, j’hébergeais en imagination des populations entières, qui grouillaient comme une armée de fourmis dans mes heures de solitude. C’étaient un peu mes sujets, un peu les complices de mes conjurations politiques, un peu mes persécuteurs taquins et sournois. » Abruzzes, 1941. « Pizzoli était un lieu d’assignation à résidence et j’y arrivai lorsque l’Italie entra en guerre. (…) Le cri aigu qui incitait les ânes retentissait sans cesse sur ces sentiers caillouteux ; c’était un cri guttural et rauque, et je me demandais comment j’avais fait pour vivre tant d’années sans savoir que ce (...)

    Natalia Ginzburg

  • L’âne et l’homme, l’homme et l’âne ? Dans Orlando furioso, poème épique et chef-d’œuvre du XVIe siècle italien, l’Arioste fait porter l’âne sur le dos de son héros, fou de jalousie et d’errance. Héritier des artistes de la Renaissance, musicien, peintre, dessinateur, écrivain, Fabio Viscogliosi, lui, a choisi de l’incarner. Malgré la mauvaise réputation de l’animal, il lui confère une ligne claire, souple, élégante, si bien qu’artiste et bête en sont métamorphosés, même si tous d’eux ont toujours l’errance et la fuite en commun. « J’ai lu un jour que le tout premier graffiti connu est celui d’un homme à tête (...)

    Fabio Viscogliosi

  • Peut-on naître à 5 ans ? Jeanne Benameur écrit dans Ça t’apprendra à vivre, que c’est à cet âge-là qu’elle a « appris à mourir ». C’était en 1958 et la mort portait alors, en Algérie où est née la romancière, l’uniforme des bérets noirs ou se fondait dans l’ombre du FNL. Cette découverte de la mort inaugure Ça t’apprendra à vivre, l’un de ses romans les plus réussis. Le livre s’ouvre avec la scène de « l’attaque ». Jeanne Benameur n’a pas 6ans, la prison où elle vit, cette nuit-là, est attaquée par des bérets noirs qui veulent « faire la peau à l’Arabe », son père. Scène primitive qui pourrait à elle seule expliquer la (...)

    Jeanne Benameur

  • En proposant une nouvelle traduction de son premier livre, les éditions de La Table ronde affirment leur fidélité à l’écrivain Eduardo Halfon, une des plus grandes révélations de ces quinze dernières années. Eduardo Halfon est né au moins deux fois (et mort une fois pour le moment). Nous l’avions rencontré en 2011, invité par la Maison des écrivains étrangers et des traducteurs de Saint-Nazaire au moment de la parution de Saturne à la MEET, dans une traduction de Françoise Garnier. Ou peut-être croyons-nous l’avoir rencontré au festival que la MEET organise chaque automne au sein de la base sous-marine de (...)

    Eduardo Halfon

Notre sélection

Domaine français Didier da Silva

Le Registre de Fitzgerald Editions Vanloo
2024
Didier da Silva se plonge avec sensibilité dans la vie flamboyante et fracassée de F. Scott Fitzgerald. Qu’il s’agisse d’écrire sur Heinrich von Kleist dans Toutes les pierres (L’Arbre vengeur, 2015) ou sur le compositeur Emmanuel Chabrier dans Musique adorable (MF, 2024), Didier da Silva aime les vies d’artistes. Elles sont animées par la quête de ce qui échappe sans cesse (le succès, l’œuvre parfaite, les conditions idéales, l’inspiration, l’argent, etc.) et même lorsqu’elles semblent avancer...
Guillaume Contré
novembre 2024
Le Matricule des Anges n°258

Domaine étranger Henry Louis Gates Jr.

Gens de couleur Editions Canoë
2024
Avec ce retour tout en nuances sur son enfance, Henry Louis Gates Jr. fait le portrait d’un moment charnière de l’histoire américaine, lorsque le pays dit non à la ségrégation. Piedmont, Virginie-Occidentale, 1957. Sur l’écran de la télévision du salon, un petit garçon regarde, fasciné, une poignée d’élèves noirs escortés par une troupe de militaires pénétrer dans l’enceinte de la Central High School de Little Rock (Arkansas), sous les huées et les insultes de la foule. Il l’ignore encore, du haut de ses 7 ans, ne peut même pas le concevoir, mais il sera un jour...
Valérie Nigdélian
janvier 2025
Le Matricule des Anges n°259

Poésie Alda Merini

Confusion des étoiles Editions Seghers
2025
Le recueil posthume d’une poétesse au destin déchirant. Bien trop peu connue au pays de Baudelaire – elle est d’ailleurs absente de l’Anthologie bilingue de la poésie italienne de la Pléiade –, elle est pourtant une véritable icône. La Milanaise Alda Merini (1931-2009) vit son talent poétique loué par Pasolini, Montale et Quasimodo, excusez du peu. Ce n’était pas gagné, car elle était handicapée par une santé mentale défaillante, au point...
Thierry Guinhut
mars 2025
Le Matricule des Anges n°261

Théâtre Guillaume Poix

Léviathan (matériau) Editions Théâtrales
2024
Avec Léviathan (matériau), Guillaume Poix nous confronte aux dysfonctionnements de la justice en France. À l’origine, le Léviathan est un monstre colossal responsable du chaos primitif. Puis le philosophe Thomas Hobbes fait du Léviathan le symbole de la pensée politique de l’État. Selon lui, l’homme est un loup pour l’homme, il faut donc un pacte social pour éviter, par exemple, qu’il ne se fasse justice lui-même. La pièce de Guillaume Poix, Léviathan (matériau), est une invitation à réfléchir...
Laurence Cazaux
janvier 2025
Le Matricule des Anges n°259

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