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  • Si Le Visage tout bleu débute avec le récit de la naissance difficile de son auteur, c’est sans exhibitionnisme que Patrice Robin l’a écrit. Bien au contraire. « Naissance » pose ainsi le lieu d’où l’écrivain nous parle. Venu le cou étranglé par le cordon ombilical, l’enfant survivra grâce à l’oxygène de la forge de son oncle. On naît parfois le visage d’un bleu provoqué par l’asphyxie et cela laisse une trace, comme un sceau : celui des gens trop modestes pour s’imaginer aller en clinique ou à l’hôpital. Des visages bleus, on en trouve dans le dernier texte du livre : il s’agit de personnages qu’on pouvait (...)

    Patrice Robin

  • Clément Rosset a été retrouvé mort dans son appartement parisien le 27 mars 2018. » Au lendemain de cette dépêche de l’AFP, la presse aussitôt rend hommage à un penseur « atypique » ou « inclassable ». L’épitaphe, qui en soi n’est pas fausse, révèle surtout un embarras : comment qualifier Rosset autrement que sur le mode privatif ou négatif ? C’est le type atypique, de la classe agitée des inclassables. Une sorte de cancre mais génial. Faute de mieux, on hasarde « iconoclaste », et Livres Hebdo s’émeut au souvenir du « philosophe des chemins de traverse », comme si le défunt était Sylvain Tesson. France Culture se (...)

    Clément Rosset

  • Elle intrigue, elle fascine, elle inspire, Emily Dickinson. Jerome Charyn la réinvente en lui donnant une voix dans La Vie secrète d’Emily Dickinson (Rivages, 2013), Christian Bobin rêve autour de sa biographie dans La Dame blanche (Gallimard, 2007) ; Dominique Fortier, dans Les Villes de papier (Grasset, 2020), imagine sa vie intérieure tout en tissant une intéressante réflexion sur le pouvoir de la création et les lieux que nous habitons ; Susan Howe, dans Mon Emily Dickinson, la resitue dans le contexte littéraire, intellectuel et historique qui fut le sien pour mieux montrer combien elle est (...)

    Emily Dickinson

  • Il y a ceci dans la postface que Michel Surya a signée dans la première édition d’Exit (Séguier), vif récit pornographique écrit en 1982 et publié en 1988 : « ce qu’il y a six ans, je pouvais encore écrire, je ne suis plus sûr que je le puisse aujourd’hui. Bien sûr, je le peux : mais au prix peut-être que j’effraie. La vérité oblige à dire que je crains d’effrayer à proportion de ce que moi-même parfois je le suis. » On pourrait y voir une coquetterie (la peur d’effrayer) quand c’est un aveu qu’il faut entendre (celui de l’effroi et d’en être saisi par nature, le « parfois » étant ici un euphémisme). Cet effroi, (...)

    Michel Surya

  • Quoiqu’il puisse être considéré comme un grand écrivain français du siècle dernier, au même titre qu’Henri Calet, Paul Gadenne reste traité comme s’il n’était qu’un petit-maître, à l’image de ces peintres de l’âge classique, talentueux mais sans aucun succès de cours. Gadenne, qui participait à la course aux prix de l’automne 1941 pour son roman Siloé – « Un premier livre qui est un grand livre » (Aujourd’hui, 20 août 1941) – aux côtés de Raymond Guérin, « actuellement prisonnier », de Georges Magnane ou de Pierre Béarn, et n’obtenant ni le Femina, ni le Goncourt, ni le Prix des critiques, ne suscita finalement (...)

    Paul Gadenne

Notre sélection

Domaine français Olivier Mak-Bouchard

Le Dit du Mistral Editions Tripode
2020
Avec un roman placé sous le signe des grands écrivains de la Provence, Olivier Mak-Bouchard réveille en fanfare quelques dieux endormis. Les familiers de l’œuvre d’Henri Bosco reconnaissent dans le Luberon l’un de ces hauts lieux dont la littérature a fait son terrain de jeu, à l’égal de l’Ardenne d’André Dhôtel et de la Lotharingie de Jean-Claude Pirotte. Lieux entièrement imaginaires, bien entendu, dont la visite effective n’apporte le plus souvent qu’amères désillusions. C’est particulièrement le cas du Luberon, depuis...
Yann Fastier
septembre 2020
Le Matricule des Anges n°216

Domaine étranger Deborah Levy

Le Coût de la vie Editions Sous-sol
2020
En deux opus, les mémoires de l’écrivaine britannique sont une mine d’humour angoissé, d’anecdotes incandescentes, de résistance féministe. Ce que je ne veux pas savoir, premier volet de la trilogie autobiographique de Deborah Levy, romancière, dramaturge et poète, s’ouvre sur un constat désespéré. « Ce printemps-là, alors que ma vie était très compliquée, que je me rebellais contre mon sort et que je ne voyais tout bonnement pas vers quoi tendre, ce fut, semblait-il, sur les escalators de gares que je pleurais le plus souvent »....
Camille Cloarec
septembre 2020
Le Matricule des Anges n°216

Poésie Jean-Pierre Cometti

Black mountain college Editions Presses Universitaires de Rennes
2014
École mythique, le Black Mountain College fut un formidable germoir où la poésie devint, liée qu’elle fut aux autres arts, la pointe d’une interrogation sur soi et la société à venir. L’histoire du Black Mountain College est à elle seule le projet d’un corps enseignant nouveau. De 1933 à 1957, une expérience globale dans la façon de penser les arts (de la musique en passant par la danse, les sciences humaines et la poésie) s’y mena dans une recherche aussi précise que tâtonnante, rationnelle et anarchisante. Ouvert à tous, et souvent aux déclassés ou marginaux en échec,...
Emmanuel Laugier
mai 2014
Le Matricule des Anges n°153

Théâtre Laurent Mauvignier

Tout mon amour Editions Minuit
2012
Dans ce drame oppressant, Laurent Mauvignier s’attache au bouleversement d’une famille par l’irruption d’une jeune fille disparue. Aucune parole, dans les livres de Laurent Mauvignier, ne prend place en surplomb. La réalité y est une construction collective, fragile, aléatoire. On ne s’étonne guère de retrouver en auteur de théâtre cet écrivain dont les romans sont tissés d’une pluralité de voix, qu’elles soient celles de protagonistes ou d’observateurs en retrait. La scène est un horizon vers quoi pouvaient tendre...
Jean Laurenti
octobre 2012
Le Matricule des Anges n°137

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