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Corpus Auteurs

Gros plan

  • Au nom de Philippe Jaccottet certains associent immédiatement l’image d’un poète de la simple transparence, ou de la transparente simplicité. Si ce n’est pas tout à fait faux, c’est évidemment réducteur. Car « l’évidence du simple », comme Jean-Claude Mathieu l’a montré dans sa somme (Corti, 2003) sur l’auteur de L’Effraie (1953), s’éclaire toujours, en un paradoxe saisissant, de « l’éclat de l’obscur ». De la forme de ce chiasme il y a assez, et bien d’avantage encore, pour s’introduire dans l’histoire généalogique de l’écriture de Philippe Jaccottet, dans son « inclination formative », pour reprendre une (...)

    Philippe Jaccottet

  • Peut-on naître à 5 ans ? Jeanne Benameur écrit dans Ça t’apprendra à vivre, que c’est à cet âge-là qu’elle a « appris à mourir ». C’était en 1958 et la mort portait alors, en Algérie où est née la romancière, l’uniforme des bérets noirs ou se fondait dans l’ombre du FNL. Cette découverte de la mort inaugure Ça t’apprendra à vivre, l’un de ses romans les plus réussis. Le livre s’ouvre avec la scène de « l’attaque ». Jeanne Benameur n’a pas 6ans, la prison où elle vit, cette nuit-là, est attaquée par des bérets noirs qui veulent « faire la peau à l’Arabe », son père. Scène primitive qui pourrait à elle seule expliquer la (...)

    Jeanne Benameur

  • Turin, années 1920. « Enfant, j’hébergeais en imagination des populations entières, qui grouillaient comme une armée de fourmis dans mes heures de solitude. C’étaient un peu mes sujets, un peu les complices de mes conjurations politiques, un peu mes persécuteurs taquins et sournois. » Abruzzes, 1941. « Pizzoli était un lieu d’assignation à résidence et j’y arrivai lorsque l’Italie entra en guerre. (…) Le cri aigu qui incitait les ânes retentissait sans cesse sur ces sentiers caillouteux ; c’était un cri guttural et rauque, et je me demandais comment j’avais fait pour vivre tant d’années sans savoir que ce (...)

    Natalia Ginzburg

  • L’âne et l’homme, l’homme et l’âne ? Dans Orlando furioso, poème épique et chef-d’œuvre du XVIe siècle italien, l’Arioste fait porter l’âne sur le dos de son héros, fou de jalousie et d’errance. Héritier des artistes de la Renaissance, musicien, peintre, dessinateur, écrivain, Fabio Viscogliosi, lui, a choisi de l’incarner. Malgré la mauvaise réputation de l’animal, il lui confère une ligne claire, souple, élégante, si bien qu’artiste et bête en sont métamorphosés, même si tous d’eux ont toujours l’errance et la fuite en commun. « J’ai lu un jour que le tout premier graffiti connu est celui d’un homme à tête (...)

    Fabio Viscogliosi

  • En proposant une nouvelle traduction de son premier livre, les éditions de La Table ronde affirment leur fidélité à l’écrivain Eduardo Halfon, une des plus grandes révélations de ces quinze dernières années. Eduardo Halfon est né au moins deux fois (et mort une fois pour le moment). Nous l’avions rencontré en 2011, invité par la Maison des écrivains étrangers et des traducteurs de Saint-Nazaire au moment de la parution de Saturne à la MEET, dans une traduction de Françoise Garnier. Ou peut-être croyons-nous l’avoir rencontré au festival que la MEET organise chaque automne au sein de la base sous-marine de (...)

    Eduardo Halfon

Notre sélection

Domaine français Abdellah Taïa

Le Bastion des larmes Editions Julliard
2024
Largement autobiographique, Le Bastion des larmes est un livre de voix, un ballet de fantômes pleins de vie, de rancœur et d’audace. Ce n’est pas Jean Genet qui m’a appris la transgression, ce sont mes sœurs », insiste le drôle de garçon de 51 ans, que l’on retrouve à Paris, en septembre. Depuis ses premiers livres, Mon Maroc (Séguier, 2000), L’Armée du salut (Seuil, 2006) ou Le Jour du Roi (Seuil, 2010), pour ne citer que ceux-là, cet obstiné n’a guère changé de sujets d’écriture ni d’allure. Même maigreur enfantine, même...
Catherine Simon
octobre 2024
Le Matricule des Anges n°257

Domaine étranger Yeo-Sun Kwon

Un éclair bleu azur Editions Croisée
2024
Par un premier roman initiatique, émouvant, la Coréenne Kwon Yeo-Sun s’installe dans la littérature mondiale. Est-il décent d’associer littératures et vins, crus, alcools ? Littérature russe et vodka ? Mexicaine et tequila ? Et la coréenne… au soju ? Cet alcool de riz emplit les bols de nombreux romans au Pays du matin calme, souvent écrits par des femmes et permet de trinquer à l’essor d’une littérature qui tel un nouveau terroir acquiert de plus en plus de lecteurs et de titres de noblesse. De...
Dominique Aussenac
octobre 2024
Le Matricule des Anges n°257

Poésie Yves Leclair

Le Parchemin enluminé Editions Gallimard
2024
Si le quotidien est ce qui n’est pas extraordinaire, Yves Leclair montre combien il est fait d’événements infimes qui frôlent l’absolu poétique. Précipités de transitoire et d’émoi, de sensations et de suavité, de petits riens du quotidien et de petites épiphanies, le poème, chez Yves Leclair, condense un instant, un lieu, une rencontre en une pépite de bonheur d’être – celui qui laisse les choses respirer et fleurir. « J’orpaille l’ordinaire, je tamise l’or du commun » disait-il dans son premier livre. Il continue à le faire. Poète...
Richard Blin
juillet 2024
Le Matricule des Anges n°255

Théâtre Baptiste Amann

Lieux communs Editions Actes Sud-Papiers
2024
Dans une pièce-enquête, Lieux communs, Baptiste Amann nous invite à débusquer nos propres dogmatismes. La pièce démarre par cet avant-propos malicieux : « Ceci est la reconstitution bien réelle/ d’événements absolument fictifs/ décrivant les trajectoires de personnages/ absolument fictifs/ par la médiation d’actrices et d’acteurs/ bien réels qui ont accepté/ à partir d’éléments absolument fictifs/ de restituer dans le réel/ les vérités absolument fictives/ de chacun d’entre eux. » Baptiste...
Laurence Cazaux
octobre 2024
Le Matricule des Anges n°257

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